Grève de la faim au centre de rétention de Palaiseau
Vent de fronde au centre de rétention. Hier matin, la quarantaine de sans-papiers retenus à Palaiseau, en attente d’expulsion vers leurs pays d’origine, ont entamé une grève de la faim. Tous dénoncent un climat délétère, qu’il s’agisse des «visites où l’on fait attendre les familles pendant une heure et demie» ou «les dossiers d’appel systématiquement déboutés».
C’est l’expulsion avortée d’un sans-papiers, mercredi soir, qui aurait mis le feu aux poudres. Manuel Vuiti, un Angolais de 46 ans, en France depuis vingt-six ans, est conduit à l’aéroport d’Orly. Là, il est remis à un autre groupe de policiers, «quatre costauds de chacun 100 kg», selon ses dires.
«Ils ont commencé par me mettre du scotch aux pieds et aux mains. Ensuite, j’ai pris un coup de poing dans le ventre et ils m’ont traîné dans l’avion.» L’appareil de la compagnie TAP est encore vide. «Vu ce qui s’était passé, je n’ai pas voulu me laisser faire», reconnaît Manuel Vuiti. Il se débat et assure alors avoir été «roué de coups». «Quand il a vu toute cette violence, le commandant de bord a fait redescendre tout le monde.»
La préfecture minimise
Retour à la case départ à Palaiseau, où le cas de Manuel a cristallisé le mécontentement général. «Moi, j’ai six enfants dont trois français, soupire Vincent, un autre sans-papiers. Tous les jours, des courriers arrivent permettant un sursis, et ceux qui auraient pu en bénéficier ont déjà été expulsés !» «Souvent, on demande à voir un médecin et on nous le refuse», renchérit Youssef, un Tunisien qui dit craindre des représailles dans son pays. «Ce ressortissant angolais a refusé d’embarquer. Il a été ramené au centre, c’est tout, minimisait-on hier en préfecture. Il s’agit d’un cas individuel, et de quelqu’un qui cherche à faire monter la pression. Il se plaint de la police, c’est son droit. S’il y a une plainte, elle sera instruite.» «Il s’agit de quelqu’un de particulièrement intégré, complète Me Pascal Bruel, l’avocat de Manuel Vuiti. Quand d’autres baissent la tête, lui est décidé à faire valoir ses droits. Et ça a donné du courage à tout le monde. J’ai déposé plainte et j’attends de voir les suites de l’enquête.»
Quant à Manuel Vuiti, joint au centre de rétention par téléphone hier soir, il ne cachait pas son inquiétude. «Ils m’ont promis que, la prochaine fois, ils mettraient les moyens nécessaires pour m’expulser. Là, je suis couvert de bleus. Qu’est-ce que ce sera après ?»
Le Parisien, samedi 24 février 2007
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