Les ouvrières sri lankaises acceptent un compromis
Dénouement. Après avoir engagé un bras de fer avec la direction de la Compagnie mauricienne de textile (CMT), les ouvrières sri lankaises, en grève depuis dix jours, acceptent le compromis. La majorité d’entre elles se propose de reprendre le travail aujourd’hui. Elles ont obtenu la garantie de la direction de CMT et du Sri Lanka Bureau of Employment que leurs conditions de travail vont être révisées.
Les ouvrières sri lankaises auront désormais droit à quatre jours de congé (les dimanches) au lieu d’un seul par mois et travailleront 280 heures par mois pour un salaire de base de 200 dollars (Rs 6 800). Elles auront également droit à un dollar pour chaque heure supplémentaire.
La direction a aussi transféré les chefs de section de l’unité de Les Casernes. Les Sri Lankaises travailleront ainsi avec de nouveaux chefs de section. Mohamad Saleem Toorawa, consul honoraire du Sri Lanka à Maurice, se dit heureux de ce dénouement.
«Nous avons parlé aux grévistes et nous avons pu les convaincre de reprendre le travail. Nous leur avons expliqué qu’elles ne se rendent pas service en exigeant de rentrer chez elles dans les présentes conditions», explique le consul honoraire. Il affirme qu’elles «risquent de compromettre leurs chances de trouver un autre emploi à l’étranger. La communication constituait, certes, une barrière langagière. Je suis heureux que la crise ait pu être résolue de manière amicale. Cela laisse ainsi la porte ouverte à une collaboration continue entre le Sri Lanka et Maurice».
L’arrêt de la grève des ouvrières sri lankaises fait suite à une série de rencontres organisées par Jagath Wella Watta, président du Sri Lanka Bureau of Foreign Employment avec les grévistes. Ces rencontres ont abouti à la signature d’un accord de principe qui stipule que les ouvrières devront assumer leurs responsabilités, faute de quoi elles seront rapatriées.
«Je suis heureux que tout est rentré dans l’ordre. Les Sri Lankaises peuvent maintenant respirer», confie Fayzal Ally Beegun, négociateur des ouvrières sri lankaises. Interrogée hier à propos de ce revirement de situation, une ouvrière explique que l’arrivée de la délégation sri lankaise a permis de décanter la situation. «Je ne peux pas dire si je suis heureuse. Tout dépendra de ce qui va se passer maintenant. Une chose est sûre : si on m’avait donné mon ticket je serai déjà partie. No happy. Want to go but no ticket», soutient cette ouvrière. C’est aujourd’hui que cette ouvrière reprendra le travail avec ses collègues. Elle pense qu’elle sera affectée à l’unité de production de La Tour-Koenig.
C’est le 5 février dernier que les Sri-lankaises avaient entamé un mouvement de grève. Elles réclamaient le remboursement des congés maladie pour toutes les ouvrières, le remboursement des congés maladie pour celles qui avaient attrapé la rougeole pendant 25 jours et 48 semaines de travail au lieu de 52 par an.
Devant le refus de la direction, elles avaient alors décidé de se mettre en grève. 70 d’entre elles ont été rapatriées. Et d’autres ouvrières se sont mises en grève en signe de solidarité. 114 autres, considérées comme des fauteurs de troubles, ont été rapatriées par la suite.
lexpress.mu, 16 février 2007
Grèves des travailleuses sous-traitées en Ile Maurice
L’Ile Maurice, discrètement «établie» dans l’Océan Indien, fonctionne largement grâce à ses zones franches, sa main-d’œuvre importée (Chine, Sri Lanka, Bangladesh, Inde — quelque 30.000 migrants, surtout des jeunes femmes, sur une population totale d’environ un million) et ses entreprises de sous-traitance.
C’est par exemple la Compagnie mauricienne de textile (CMT), spécialisée dans le vêtement à maille pour les grandes marques qui vient d’inaugurer, décembre 2006, un «atelier» de confection de 41.800 mètres carrés (faut imaginer, c’est six terrains de foot) et un «foyer» d’une capacité de 1.400 travailleurs. Masse corvéable mais pas toujours docile. L’économie des zones franches, c’est 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Et la CMT, c’est souvent travailler jusqu’à trois heures du matin pour atteindre l’objectif de 200 pièces par jour. Ajouter, dit la déléguée CNE Arlette Puraye, de retour de la zone franche : dormir à quinze dans une chambre faite pour quatre, et régime quasi pénitentiaire (horaire de 70 heures/semaine, 7h30 à 23 heures du lundi au vendredi, 7h30 à 15 heures les samedis et 7h30 à 21 heures les dimanches. Repos ? Un dimanche par mois…), avec sortie encadrée en autobus pour un retour obligatoire à 19 heures. Mais, donc, pas toujours docile. Début février, 438 travailleuses sri lankaises sont parties en grève dix jours en occupant l’aéroport de Port-Louis pour obtenir que leur salaire de base de 150 euros corresponde à 280 heures de travail et non 315 heures (calcul rapide : elles n’étaient pas contentes d’un salaire horaire de 19 anciens francs belges — 53 eurocentimes de l’heure — et en voulaient 21). Elles voulaient cela et… travailler 48 semaines par an au lieu de 52. Dit autrement, pas toute l’année, souffler un peu.
Derrière les étiquettes des babioles textiles promues ici sur papier glacé, il y a cette réalité-là. Derrière l’étiquette Zara (entreprise Inditex, Espagne) ou Next (entreprise Campagnolo, Italie) — deux marques repérées par Arlette Puraye — on a, répétons, cette réalité-là… Les travailleuses sri lankaises ? Le 15 février 2007, certaines ont été rapatriées chez elles, d’autres ont repris le travail. Rien à voir, circulez.
Gresea, 20 février 2007
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