Ile Maurice : Grève estudiantine envisagée
Des collégiens ont manifesté hier à Rose-Hill pour faire reculer le gouvernement face à l’abolition des subsides sur les frais d’examens SC et HSC. «A Flacq, nou pou annons kan nou pou fer la grev zeneral», lâche le syndicaliste, Yahya Paraouty.
Une ambiance moins tendue que celle de la première manifestation organisée le 22 février à Port-Louis. Hier, les étudiants sont une fois de plus descendus dans les rues, mais cette fois à Rose-Hill, pour s’élever contre la suppression des subventions de 50 % des frais des examens du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC). Une manifestation qui a rassemblé quelque 6 000 personnes (10.000 selon les organisateurs).
Mais, dans la foule, un mot revient comme un leitmotiv : grève générale des collégiens et des étudiants. Cette éventualité revient souvent dans la bouche des animateurs de la Plate-forme nationale. Une date sera d’ailleurs annoncée lors de la prochaine mobilisation qui pourrait avoir lieu le 20 mars à Flacq.
Contrairement à la manifestation portlouisienne, qui avait accueilli quelque 5 000 personnes, aucun débordement n’est à déplorer. Les organisateurs avaient d’ailleurs pensé à mettre en place leur propre service d’ordre.
A onze heures, une bonne foule se trouvait déjà à la Place Margéot. Les tambours marquent le rythme et les pétards ajoutent à l’ambiance.
Florian Lecroignard, étudiant au collège Bhujoharry est optimiste. La bataille pour faire céder le gouvernement sur la question des 50 % de subventions au SC et au HSC trouve preneur. «Si nou bisin fer la grev, nou pou fer li», lance-t-il. «Ce n’est pas possible que le gouvernement ne fasse pas marche arrière. Gokhool doit faire un move parce que trop de gens seront pénalisés», avance Javed, étudiant en Form VI au collège Royal de Curepipe. Il avoue que même ses parents à lui auront des difficultés à payer la totalité des frais d’examens.
«Un parfum de révolution»
Peu avant midi, la marche débute sous une pluie battante. Alors que beaucoup de curieux assistent des deux côtés de la rue et y vont de leurs commentaires, les syndicalistes chevronnés dont Reaz Chuttoo de la Federation of Progressive Unions (FPU), Tulsiraj Benydin, président de la Fédération des syndicats du service civil, prennent la tête et haranguent la foule avec leur porte-voix.
Cette fois-ci, les collèges confessionnels sont moins représentés, même si les étudiantes des collèges Lorette font entendre leur voix. Les collèges d’Etat, dont le John Kennedy, le collège Royal de Curepipe, le Queen Elizabeth College ou encore l’Ebène SSS sans oublier les élèves des établissements privés non confessionnels sont cependant présents en très grand nombre et scandent leurs slogans : «Gokhool nou pa le», «Ledikasyon… enn drwa, ledikasyon enn drwa», «remett sibsid.» A cela, viennent se greffer des slogans plus agressifs : «Sel solisyon revolisyon.»
Vers 13 h 15, le cortège arrive au Plaza pour écouter les discours des dirigeants de la Plate-forme nationale. «Gokhool inn dir c pa lari ki pou kontrol gouvernma. Zot dakor ?» La réponse à la question de Jane Ragoo, négociatrice à la FPU est un «non» retentissant.
«Lari c la vwa du peup», lance-t-elle au micro. Atma Shanto, président de la Fédération des travailleurs unis, met en garde le régime du jour et appelle à la désobéissance civile sous l’approbation de l’assistance.
Tulsiraj Benydin sent venir le «black-out total ek lagrev zeneral». Il perçoit même un parfum de révolution dans les revendications des étudiants.
Pravind Jugnauth, leader du MSM, rappelle la promesse de Navin Ramgoolam le 1er mai 2005 : que les parents n’allaient plus devoir payer les frais d’examens si l’Alliance sociale arrive au pouvoir. «Inn vir ledo ek etudian ek populasyon en zeneral. Faude pa larzan vinn enn lobstak ledikasyon nou zenfan.»
Pour Paul Bérenger, leader du MMM, il est «inakseptab ki gouvernma pa mom resevwar enn delegasyon platform nasyonal». Tout en appelant à une amplification du mouvement de protestation des étudiants, il déplore que le Conseil des ministres ait décidé, jeudi, de «refuser d’entendre la voix du peuple».
Finalement, Yahya Paraouty, principal porte-parole de la Plate-forme nationale, estime que si le gouvernement ne décide pas d’ouvrir le dialogue, il va falloir irrémédiablement aller vers une grève estudiantine. «A Flacq, nou pou annons kan nou pou fer desobeissans sivil : la grev zeneral syndicats, elev ek enseignants.»
L’express.mu, 10 mars 2007
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