Solidarité Ouvrière

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Banaz, tuée dans un “crime d’honneur, aurait pu être sauvée

Les femmes d’IKWRO (Organisation pour les Droits des Femmes Iraniennes et Kurdes, basée à Londres) assistaient au procès de la Cour n°10 du Tribunal Criminel Central de Londres. Mahmod Mahmod, père de Banaz Mahmod Babakir Agha, et Ari Mahmod Agha, son oncle homme d’affaires, étaient accusés de l’avoir tuée au nom du prétendu « honneur ». Le procès a été bien couvert par les médias pendant ces premiers jours. Le petit ami de Banaz, Rehmat Suleimani, un Kurde iranien, a témoigné, les larmes aux yeux, ajoutant une vidéo qui brise le cœur, enregistrée sur son portable, où Banaz elle-même accuse son père d’essayer de la tuer. Son père et son oncle sont restés de marbre.


Rehmat rapporte qu’il a lui-même était harcelé et menacé par des membres de la communauté kurde de Londres. Mohamed Hama, qui a plaidé coupable, aurait menacé Monsieur Suleimani le jour où Banaz a été assassinée, disant : « Nous allons te tuer toi et Banaz, parce que nous sommes Kurdes et musulmans. Nous ne sommes pas comme les Anglais où on peut être petit copain et petite copine ». Pour des assassins comme Hama et pour tant d’autres qui adhèrent à la violente doctrine de « l’honneur », être musulman et kurde est plus important qu’être humain, et être une femme kurde musulmane c’est d’avoir aucun droit humain, même pas celui de vivre. Cette ignoble justification illustre comment les sentiments nationalistes et religieux sont utilisés pour renforcer la brutalité d’un système basé sur la soumission de la femme, où sa vie est conditionnée par sa soumission à l’oppression, où toute défiance est punie de mort et où « l’honneur » des hommes s’écrit avec les larmes et le sang des femmes.

Un point dont les médias n’ont pas parlé jusqu’à présent, est la faiblesse de la Police Métropolitaine de Londres. Jasvinder Sanghera, fondatrice du réseau de foyers Karma Nirvana pour les femmes du Sud-Est Asiatique menacées de crimes comme les mariages forcés et les prétendus meurtres d’honneur, parle de « la loi de la seule chance ». Les femmes menacées de prétendus meurtres d’honneur, explique-t-elle, doivent être aidées dès la première occasion, dès qu’elles demandent de l’aide, parce qu’elles n’auront peut-être jamais une deuxième chance. Dans le cas de Banaz, la Police Métropolitaine de Londres, n’a pas seulement laissé passer la première occasion, ni même la seconde, mais de nombreuses occasions. Son meurtre honteux et brutal est d’autant plus tragique lorsque l’on sait qu’il aurait être facilement évité.

IKWRO a une grande expérience dans l’assistance aux femmes et jeunes filles menacées de crimes d’honneur : en 2006, nous avons apporté protection et sécurité à douze femmes et jeunes filles et à deux jeunes hommes. Si la police nous avait contacté, alors nous aurions pu faire de notre mieux pour assister Banaz et son petit ami ; il est possible qu’avec notre intervention le couple vivrait ensemble actuellement. Pourtant, Banaz est morte, étranglée et enterrée dans une malle dans le jardin d’un membre de sa famille, tandis que son amant est en larmes dans le boxe des témoins à Old Bailey. Le soir du nouvel an 2005, Banaz a fuit de chez elle, pieds nus et apeurée, après que son père ait tenté de la tuer : bien qu’elle ait exprimé ses craintes à la police, une poursuite judiciaire a été lancée contre elle à cause de la fenêtre qu’elle a cassé pour fuir. Le 22 janvier 2006, deux jours avant a disparition, elle a donné un rapport à la police, rapport qui aurait dû pousser à lui assurer un lieu sûr et protection, mais qui n’est devenu qu’une pièce supplémentaire pour prouver le meurtre, puisqu’elle écrivait dans cette lettre à la police, en les nommant, que les deux hommes aujourd’hui devant le tribunal complotaient pour la tuer. Ce ne sont que les derniers exemples de tout un catalogue d’échecs pour assurer sa protection.

IKWRO mènera aussi campagne pour l’extradition de deux suspects actuellement à l’étranger pour qu’ils soient jugées en Grande-Bretagne. Même si nous regrettons les fautes de la police pour protéger Banaz, nous affirmons fortement et sans équivoque que ce n’est pas la police qui a la principale responsabilité de ce crime, ni même tel ou tel assassin, mais l’aveuglement complice et les mauvaises mentalités qui prévalent dans certaines de nos communautés. La justice doit servir à combattre cette idée pervertie de « l’honneur » qui glorifie le meurtre comme un devoir sacré et punit de mort l’autonomie des femmes, en refusant toute réduction de peine au nom de la « différence culturelle » comme ce fut le cas lors du procès d’Abdallah Yunes qui a poignardé sa fille âgée de 16 ans. Les droits humains sont, ou devraient être, universels, et le droit à la vie d’une femme kurde ou musulmane est le même que celui de tout être humain. Réduire une peine pour de tels prétextes, c’est envoyer le message que, comme dans les pays d’où viennent de nombreux assassins de « l’honneur », la Grande-Bretagne est prête à fermer les yeux plutôt que d’offenser les sensibilités de communautés patriarcales.

Nous vous demandons de soutenir la campagne « Justice pour Banaz » pour demander que la police traite avec sérieux et sensibilité les femmes de minorités vivant en Grande-Bretagne face aux prétendus meurtres « d’honneur ». Nous espérons convaincre la police de mener toute l’enquête nécessaire sur les fautes qu’elle a commise, et d’introduire dans ses formations le concept « d’honneur » qui affecte des minorités. Si les femmes kurdes ne peuvent pas trouver de protection dans leur communauté contre ce pire acte de barbarie, elles devraient au moins pouvoir compter sur la protection de loi britannique.   

IKWRO, publié sur le site d’ICAHK le 6 avril 2005

avril 6, 2007 - Posté par xxx | 2) Féminisme, droits des femmes et luttes anti-sexiste, Grande-Bretagne | | Un commentaire

Un commentaire »

  1. [...] On pourrait parler de Banaz Mahmood, de Doa Khalil Aswad, de Reem et d’Hamda Abu-Ghanem, de Kurdistan Aziz et de tant [...]

    Ping par Fatigue « Solidarité Ouvrière | août 2, 2008 | Répondre


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