Blair, bon débarras
C’est à un curieux quiproquo auquel on assiste. Blair, obligé de quitter le pouvoir face au mécontentement que suscite sa politique, sur le plan social et sur le plan international, nous est présenté, tant par les médias que par la droite et la gauche, comme le grand homme de ce début de siècle ! Chacun se presse pour le rencontrer ; Royal comme Sarkozy avaient fait le déplacement à Londres. Et maintenant, les commentateurs de droite comme de gauche expliquent la défaite du PS par le fait qu’il n’ait pas su se « blairiser » assez tôt et assez vite. Les vocations se disputent la place pour rattraper le temps perdu…
Étrange paradoxe, qui illustre à quel point le monde politique est coupé des réalités de l’opinion. Blair est vanté parce qu’il a su adapter la politique des travaillistes aux réformes réactionnaires de Thatcher. Loin de les remettre en cause, il les a approfondies. Il a poussé plus avant l’ouverture sans entrave aux lois du marché, sous couvert d’adaptation à la mondialisation libérale et impérialiste. C’est dans ce cadre aussi qu’il s’est engagé sans retenue aux côtés de Bush dans la guerre contre l’Irak.
Ceux qui le vantent ici jalousent l’Angleterre et rêvent d’une France retrouvant sa grandeur passée de vieille puissance coloniale et impérialiste dans la concurrence mondialisée. Sarkozy se voudrait celui qui y réussira. Sauf que la démagogie n’y suffira pas, et que le seul parallèle entre lui et Blair, c’est que, lui aussi, devra quitter le pouvoir sous la pression de l’impopularité, sans attendre dix ans !
Rouge, 18 mai 2007
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