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Kolda : grève des élèves contre un mariage forcé

Les populations de Ndorna ont eu la terrible surprise de voir hier les collégiens de la localité aller en grève pour protester contre le mariage de F. B. Elève en classe de 6e, la ‘mariée’ est âgée de… 12 ans. Le mariage aurait été scellé depuis l’année dernière lorsque la jeune F. B. faisait le Cm2. La nuit nuptiale est annoncée entre le 30 mai et le 5 juin prochains. L’épreuve semble terrible pour les collégiens de Ndorna, décidés à briser le rêve du mari.

Une révolte bien inédite a secoué, hier, le village de Ndorna. La localité est à une trentaine de kilomètres au nord de la commune de Kolda. C’est un foyer culturel et traditionnel qui abrite le tata de Moussa Molo, un chef traditionnel du Fouladou. Les populations ont eu la terrible surprise de voir les collégiens en grève pour protester contre le mariage de F. B. Elève en classe de 6e, la ‘mariée’ est âgée de 12 ans. Pour se faire entendre, les collégiens ont observé un mot d’ordre de grève d’une demi-journée. ‘Auparavant, ils ont fait une marche spontanée jusqu’à la maison communautaire pour remettre au président du Conseil rural un mémorandum’, explique Lamine Biagui, professeur d’Histoire et de Géographie au collège de Ndorna où il assure l’intérim du principal.

Cette élève fait partie des meilleurs de sa classe, elle a eu une moyenne de plus 12/20 et s’est vu attribuer le tableau d’honneur de l’établissement’, renseigne M. Biagui, ajoutant que c’est F. B. elle-même qui s’est ouverte à ses camarades du collège pour leur demander de la soutenir.

Le mariage aurait été scellé depuis l’année dernière lorsque la jeune F. B. faisait le Cm2. La nuit nuptiale est annoncée entre le 30 mai et le 5 juin prochains. L’épreuve semble terrible pour les collégiens de Ndorna, décidés à briser le rêve du mari, cousin de la fille et homonyme de son beau-père, résidant à Sinthiang Chérif, situé à quelque 8 km de Ndorna. Selon Souleymane Diamanka, membre du bureau de l’Association des parents d’élèves, le père de F. B. en est à son deuxième mariage forcé. ‘L’année dernière, il avait marié une de ses filles, mais l’affaire a atterri sur la table des autorités’, explique-t-il sans être précis : ‘La grève est un signal fort adressé aux autorités. S’il n’y a pas de solution, les élèves menacent de passer à une vitesse supérieure’, alerte M. Lamine Biagui.

La mariée est orpheline de mère depuis près de six ans, mais son père est un émigré vivant en France. Tout le portait donc vers la modernité. Une affaire bien similaire à celle des deux jeunes filles Sylla dont les parents vivent en France. Les faits remontent à la fin du mois de juin 2005. Ces deux jeunes filles dont les parents vivaient en France, étaient venues en vacances à Madina, au village gambien de leurs parents, situé vers l’extrême limite de la communauté rurale de Némataba. L’histoire va s’accélérer pour les deux vacancières. D’autant que leur oncle paternel, tel Tonga dans ‘Ville cruelle’ d’Eza Boto, aurait déjà prévu, pour toutes les deux, qu’elles allaient convoler en justes noces. Une situation qui compromet leur retour à l’Hexagone où l’une était en classe de première et l’autre en seconde. Elles parviennent à glisser par l’intermédiaire d’un ami une lettre à leurs camarades de classe. L’affaire soulève un tollé en France et paralyse le système scolaire.

Cette affaire est aujourd’hui un vieux souvenir, tout comme celle de la jeune M. K. D. ancienne collégienne au Cem Sikilo Ouest de Kolda. Première au Bfem dans tout le département, voire la région de Kolda, cette fille a raflé tous les prix scientifiques de son niveau au Molo de l’année dernière, un concours régional primant les meilleurs élèves du moyen et du secondaire. Son nom a sonné comme un refrain durant toute la cérémonie du Molo. Ses parents l’ont pourtant mariée. Alertée, les membres de la Scofi de Kolda ont tenté, sans succès, de convaincre son père à renoncer au mariage. La nouvelle a mortifié ses professeurs qui ont vanté ses dispositions en français, en mathématique et en sciences physiques. M. K. D. est allée, malgré tout, en Gambie, pays de son mari. Son père ne cachait pas sa surprise de voir tant de monde le supplier de renoncer à sa décision. ‘Chez nous, l’important est que l’enfant apprenne le Coran’, avait-il concédé, laissant deviner que ‘l’école est juste une sorte de garderie, la vraie vie commence avec le mariage’.

La clameur des élèves va, sûrement, refréner l’ardeur des parents de la jeune collégienne de Ndorna. Mais, les grandes vacances aidant, ils vont pouvoir tranquillement ‘livrer’ F. B. à son mari.

Walf Fadjri, 22 mai 2007

mai 23, 2007 - Posté par xxx | 2) Féminisme, droits des femmes et luttes anti-sexiste, Sénégal | | Pas encore de commentaires

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