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Moldavie : Le système de santé délabré

Hôpitaux délabrés, système médical déficient, pollution, la Moldavie est le pays d’Europe à l’espérance de vie la plus faible. Rencontre avec René Faure, un médecin français qui a travaillé en Roumanie et en Moldavie et qui analyse pour Les Nouvelles de Roumanie les principaux problèmes du système de santé moldave.

Enfants en institution : la faim souvent présente

Comme en Roumanie, en Moldavie de nombreux enfants se retrouvent en institution ou à la rue : à Chisinau existe un centre de tri policier qui les ramasse et les remet dans leurs familles, ou dans des institutions.

La crise économique alliée aux difficultés du développement du planning familial explique en partie cette situation. De 0 à 6 ans, les enfants sont accueillis dans des orphelinats pour des problèmes sociaux mais aussi médicaux (handicaps) ; certains seront adoptés notamment par des familles étrangères au terme d’une procédure coûteuse et riche en intermédiaires peu scrupuleux, les plus âgés ou les plus handicapés sont plus difficiles à placer, et il peut arriver qu’on néglige leurs soins ou leur alimentation si les ressources sont insuffisantes ; ainsi c’est uniquement en institution qu’on peut observer des malnutritions en Moldavie et qu’ont été mis en place des programmes de renutrition financés par la Communauté européenne.


Après 6 ans, au terme d’une décision établie par une commission nationale, les enfants scolarisables sont orientés dans des écoles spécifiques avec internat où ils suivront une scolarisation quasi normale, les plus handicapés sont admis dans des centres spécialisés avec une prise en charge surtout médicale et éducative. Les adultes sont beaucoup moins bien traités : on peut retrouver en institution essentiellement des déficients intellectuels ou des malades mentaux stabilisés qui restent toute leur vie ou temporairement s’ils ont la chance que leur famille les reprenne : leurs lieux de vie ressemblent à des mouroirs et d’ailleurs la mortalité y est très élevée ; les bâtiments sont très dégradés et peu chauffés, les personnes n’ont pas grand-chose à manger et portent des vêtements usagés et déchirés ; il n’y a aucune activité proposée et le personnel est sous-payé avec plus 6 mois de retard.

Des seringues à la literie, les malades doivent tout payer dans les hôpitaux

Les hôpitaux sont à peine mieux lotis : ayant vu fondre leurs crédits d’État, ils font tout payer au patient : forfait journalier, tous les consommables, de la seringue à la prothèse de hanche, les médicaments, la literie, les repas… sans compter les pourboires au personnel, ce qui peut mettre une simple hospitalisation de 10 jours au niveau du salaire moyen. On n’hésite pas, en l’absence de moyens ou de paiement du patient, à récupérer du matériel jetable (seringues…), et la revente de l’aide humanitaire, notamment médicaments, est monnaie courante.

Les locaux, construits du temps de l’URSS, sont vastes et mal isolés, très froids en hiver. On ne chauffe qu’à partir d’une date fixe et en automne il peut faire moins de 10 degrés dans les chambres, les patients conservant alors plusieurs épaisseurs de pulls.

Le système de chauffage, comme dans toutes les installations collectives, est source de nombreuses pertes d’énergie, jusqu’à 50% ; avec l’électricité et l’eau cela représente 3/4 des dépenses des hôpitaux alors qu’en France c’est moins de 10% avec plus de 70% de charges de personnel. Les patients hésitent donc à être hospitalisés, entraînant ainsi la fermeture de services vides et la mise au chômage de personnels de santé.

80 euros de dépenses de santé par an et par habitant

Faute de prévention et surtout de soins de base suffisamment développés, on voit dans les hôpitaux des pathologies parfois très évoluées ou qui ont disparu en France : rhumatisme articulaire et maladies rénales de l’enfant, cancers développés et métastasés, tuberculose, choléra, diphtérie, cardiopathies valvulaires… mais en général on observe les mêmes pathologies que dans les pays occidentaux avec prédominance des maladies cardio-vasculaires (athérosclérose et ses complications : accidents vasculaires cérébraux, angine de poitrine et infarctus, hypertension…) et les cancers dont la fréquence peut être liée aussi à l’environnement : pollution industrielle et surtout proximité de Tchernobyl, sans oublier les diabètes : l’insuffisance rénale qui est une des complications est un drame en l’absence d’une réponse suffisante en dialyse.

Les dépendances à l’alcool, au tabac et aux stupéfiants, sont favorisées par les conditions sociales et le développement de réseaux de trafic

L’espérance de vie est actuellement de 65 ans pour les hommes et 67 pour les femmes (environ 10 à 15 de moins qu’en France) avec la dernière place en Europe. La mortalité infantile est estimée à 20 pour 1000 naissances (moins de 5 en Europe occidentale). Sur 40 pays de la grande Europe et de l’ex-URSS, la Moldavie se classe parmi les 10 derniers pour la dépense de santé par habitant avec environ 80 euros par habitant.

Le Courrier des Balkans, 12 septembre 2007

septembre 17, 2007 - Posté par xxx | 6) Leur société, Moldavie | | Pas encore de commentaires

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