Nicaragua: les femmes manifestent contre les lois anti-avortement
Depuis le 13 septembre, date à laquelle les députés nicaraguayens ont inscrit l’interdiction de toute forme d’avortement dans le code pénal, il ne se passe guère de journée sans que les défenseurs des droits de la femme ne manifestent leur colère.
La semaine dernière, ils tentaient de perturber une réunion de présidents centraméricains. Le dimanche précédent, ils avaient fait irruption dans la cathédrale, déclenchant une bagarre pendant la messe. Quelques jours auparavant, ils manifestaient devant la maison du président sandiniste Daniel Ortega, qui est aussi le siège du gouvernement sandiniste, en demandant le retrait d’une loi «meurtrière».
Une mobilisation à la hauteur d’une loi, votée lors de la campagne électorale de 2006, qui est dénoncée comme étant l’une des plus répressives au monde. Le Nicaragua est en effet l’un des rares pays où toute forme d’avortement est impossible : même si la future mère n’est âgée que d’une dizaine d’années, même si elle a été violée, ou si la grossesse met sa vie en danger. Le choc fut d’autant grand que ces conditions extrêmes permettaient auparavant aux femmes nicaraguayennes d’obtenir un avortement thérapeutique, et ce depuis 1891.
Ce 13 septembre, les députés ont encore durci le ton en inscrivant dans le code pénal des peines allant de deux à quatre ans de prison pour tous les auteurs d’avortement, les médecins écopant par ailleurs d’une peine d’interdiction d’exercer allant jusqu’à cinq ans. Des mesures approuvées par l’Église qui affirme avoir recueilli une pétition de soutien forte de 290 000 signatures, «la majorité venant de laïcs».
Pour Leonel Arguella, président de la société nicaraguayenne de médecine, «beaucoup de praticiens pensent aujourd’hui qu’il vaut mieux laisser mourir une femme plutôt que de se risquer à être convoqué devant un tribunal, à perdre son métier ou à aller en prison». Selon un rapport qui vient d’être rendu public par l’organisation Human Rights Watch, cette loi aurait déjà provoqué la mort de quelque 80 femmes, victime d’un avortement clandestin ou d’un accouchement fatal. «Une chômeuse de 25 ans s’est suicidée mardi dernier parce qu’un centre médical avait refusé de l’aider alors qu’elle avait été violée par son oncle et qu’elle ne voulait pas de cet enfant, dénonce Ana María Pizarro, qui dirige le Mouvement féministe. Nous voulons que le président Ortega mette son veto à cette loi, c’est une obligation citoyenne.»
Pour Ana Maria Pizarro, comme pour de nombreux manifestants, la loi anti-avortement est d’autant plus difficile à accepter qu’elle est soutenue et votée par les sandinistes, qui furent pourtant à la pointe du mouvement féministe. Lors de la révolution de 1979, rappellent-ils, un tiers des troupes sandinistes était constitué de femmes. «Dans un pays où huit personnes sur dix vivent avec moins de 2$ par jour, où le réseau de transport est déficient, et où les pannes d’électricité sont quotidiennes, le suivi d’une grossesse à risque est presque impossible, ajoute Juan Carlos Martinez, administrateur de l’association Si Mujer. Les femmes pauvres vont mourir alors que celles qui ont les moyens vont continuer à avorter dans des cliniques privées ou à l’étranger Pour elles, rien ne va changer.»
Cyberpresse, 12 octobre 2007
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