Le harcèlement des femmes, fléau social
Regards libidineux, remarques obscènes, attouchements, exhibitionnisme… Le harcèlement des femmes est devenu endémique dans les rues d’Egypte, au point d’être qualifié par des observateurs de fléau social pouvant entraver le développement du pays.
Le phénomène est défini par le Centre égyptien pour les droits de la femme (EWCR), une ONG, comme “tout comportement importun de nature sexuelle, mettant les femmes mal à l’aise et leur donnant un sentiment d’insécurité“.
D’après l’ECWR, qui n’hésite pas à parler de “cancer social“, le harcèlement est quotidien dans les lieux publics et “ne se limite pas à une catégorie d’âge ou à une classe sociale”.
Voilées, comme la grande majorité des femmes, et non voilées en sont victimes, selon l’ONG.
“Dès que je sors dans la rue, je me sens entourée par des prédateurs sexuels“, dit à l’AFP Racha Chaâbane, une Alexandrine de 23 ans. “Je ne me sens pas en sécurité. Le problème est de plus en plus grave. C’est devenu si insupportable que je veux quitter l’Egypte“.
D’après le rapport d’un organisme public, le Centre national des recherches sociales et criminelles, les crimes d’ordre sexuel sont aussi en constante augmentation.
Il n’existe pas de statistiques officielles sur le harcèlement, mais deux viols ont lieu chaque heure en Egypte, d’après le Centre, selon qui 90% des violeurs sont chômeurs.
Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer le harcèlement: chômage, mariage tardif et difficile car cher, relations sexuelles hors mariage taboues …
“Les hommes reportent leur frustration, pas seulement sexuelle, sur les femmes“, explique Engy Ghozlan, responsable de la campagne contre le harcèlement de l’ECWR.
Le phénomène peut paraître surprenant dans un pays de plus en plus conservateur, où le discours religieux est omniprésent. Mais la contradiction n’est qu’apparente, selon la sociologue Dalal Al-Bizri.
Car la montée du discours wahhabite, interprétation ultra-rigoriste de l’islam venue d’Arabie saoudite, explique en partie l’existence d’”un système qui invite à la haine de la femme“, affirme-t-elle.
“Dans les prêches de prédicateurs wahhabites retransmis par les télévisions satellitaires, on entend les pires choses sur les femmes, notamment que leur place n’est pas dans la rue mais à la maison (…), qu’elles sont des objets, qu’elles ont un statut d’inférieures“, dit Mme Al-Bizri.
Pour l’ECWR, le harcèlement coûte en outre de plus en plus cher à l’Egypte en termes de développement économique.
“Il y a des femmes qui arrêtent d’aller au travail ou à l’université à cause du harcèlement. Comment le pays peut-il se développer si tout le monde n’est pas mobilisé?“, s’interroge Mme Ghozlan.
“Si le ministère du Tourisme veut garder ses touristes, les services de sécurité devraient être plus stricts avec les gens qui harcèlent les femmes dans la rue“, poursuit-elle. “Si je vais dans un pays où je ne suis pas respectée, je n’y reviens pas“.
Mais “au niveau politique, on n’admet pas que le phénomène existe. Ou alors le gouvernement dit ‘d’accord, ça existe, mais c’est très exagéré par les médias‘”, ajoute-t-elle.
Selon une étude du Centre, seules 12% des femmes interrogées se sont adressées à la police, signe d’”un manque total de confiance dans la police et le système judiciaire” égyptiens.
L’an dernier, des blogueurs avaient rapporté que le jour de l’Aïd al-Fitr, une horde d’hommes avait pourchassé des femmes dans le centre du Caire, les palpant et les violentant. Le tout sous les yeux des forces de sécurité.
“Ils touchaient toutes les femmes présentes, voilées ou pas. Même celles portant le niqab (voile intégral) n’y ont pas échappé“, raconte à l’AFP le journaliste Waël Abbas, qui se trouvait sur place par hasard.
Le ministère de l’Intérieur avait nié l’incident, arguant de l’absence de plainte.
Le Matin, 26 octobre 2007
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