Deuil à la houillère de Zasiadko
A l’entrée de la houillère de Zasiadko, au coeur de l’agglomération de Donetsk, des familles attendent toujours, en cette fin d’après-midi. Une journée et demi a passé, depuis l’explosion qui a ébranlé la galerie dans laquelle travaillaient leur mari, leur fils, ou leur frère, à plus de 1 000 mètres de profondeur. Le dernier bilan fait état de 80 morts et 20 disparus. L’accident pourrait être le plus meurtrier de l’histoire minière de l’Ukraine.
C’est “très, très dur”, constate un homme, qui ne concède que ces trois mots. “Je ne sais plus quoi penser”, dit un autre, le tour des yeux noirci par le charbon, avant de tourner les talons. “Est-ce que quelqu’un peut seulement changer les choses ?”, demande une femme. Avant de souffler que la mine a déjà englouti deux personnes de sa famille, avant le drame de ce dimanche 18 novembre. Rare épanchement : à Zasiadko, le deuil est silencieux. Ces dernières années, cette mine a déjà coûté la vie a des dizaines de personnes. Sa profondeur fait que le méthane, à l’origine des coups de grisou, y est présent en plus grande quantité. Un dispositif exploite même cette particularité : le gaz produit par les forages est réutilisé par l’industrie de la région.
La parole d’Ekaterina Furmanjuk tranche avec la retenue des mineurs et de leurs proches. Cette journaliste a débuté sa carrière à Zasiadko, où elle s’occupait de la radio de la mine. Il y a un an, son journal, Gromadska Pravda (”la vérité publique”), a relaté un accident qui eu lieu dans la même galerie que celle du récent drame. Etait alors pointée l’insuffisante évacuation des gaz : creuser des conduits prend trop de temps pour des gens payés au rendement, dont les salaires dépassent rarement les 500 euros mensuels. “L’endroit où a eu lieu le drame avait été fermé en 1983, jugé trop dangereux. Il a rouvert l’année passée”, explique-t-elle, “indignée”. L’enquête a valu à ses auteurs une convocation devant la justice. Dans la mine, rien n’a changé.
“Il n’y a même pas de colère, constate, dépité, Anatoli Akimotchkin, le chef adjoint du Syndicat indépendant des mineurs. Je n’ai rien vu de tel sur les visages, ils sont résignés.” “Les mineurs sont dans l’état de condamnés à morts”, renchérit Ekaterina Furmanjuk.
Pour Anatoli Akimotchkin, la responsabilité des oligarques, qui usent de l’appareil industriel soviétique sans le moderniser tout en améliorant sans cesse son rendement, est réelle. Le soir du drame, l’oligarque Rinat Akhmetov a promis que le Chakhtior et sa fondation allaient verser 10 millions de grivnas (1,3 million d’euros) pour aider les familles des victimes, bien que cette mine ne lui appartienne pas. “M. Akhmetov est de ceux qui veulent soigner la tuberculose, mais sans en supprimer la cause, la pauvreté”, ironise le syndicaliste.
Le Monde, 20 novembre 2007
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