“It’s a Free World !” : travail, morale, tout est flexible
L’héroïne du nouveau film de Ken Loach se prénomme Angie. C’est une belle blonde, généreuse en décolleté, blouson de cuir noir et moto, à l’inlassable combativité. Elle incarne un nouveau type de personnage dans l’oeuvre de ce cinéaste des petites gens et des travailleurs maltraités.En 1985, Ken Loach a réalisé un film sur les mineurs en grève contre Margaret Thatcher qui s’intitulait Which Side Are You On ? (Dans quel camp êtes-vous ?). Pour ce défenseur forcené des combats de la classe ouvrière, il n’y a jamais eu d’ambiguïté.
Il fut du côté des travailleurs de Riff-Raff (1991), émigrés de régions économiquement sinistrées vers la capitale et condamnés aux emplois temporaires, sans protection sociale. Du côté des licenciés de Raining Stones (1993), soumis aux files d’attente de l’aide sociale. Du côté de Joe, le chômeur de longue durée de My Name is Joe (1998), condamné aux jobs au noir. Ou de Maggie, chanteuse de pub cabossée par la vie (Ladybird, 1994), qui se bat pour récupérer les enfants que lui ont retirés les services sociaux. Rien de changé dans It’s a Free World ! : nous sommes passés de l’ère Margaret Thatcher à l’ère Tony Blair, mais le cinéaste, plus que jamais acharné à dénoncer les injustices et réveiller les consciences, est toujours solidaire des exploités. A ce détail près, qui rend son propos plus complexe : son film montre comment une victime du système devient à son tour un rouage de l’exploitation dans ce que l’on appelle “le miracle anglo-saxon”.
Angie est un pur produit de la politique libérale, vouée à l’énergie d’entreprendre, au culte des affaires et de l’individualisme. Elle est formatée pour se tailler coûte que coûte une place au soleil, peu regardante sur les moyens. Au monde de son père, un docker qui a connu l’apogée du syndicalisme, a succédé celui de l’argent roi, le règne de la compétitivité et du chacun pour soi. Avec l’invention d’un concept dévastateur : celui de la flexibilité, qui favorise la précarité des emplois.
Centres de rétention : la mobilisation continue
«On est là pour montrer qu’en France il y a des citoyens qui n’ont pas envie que les étrangers soient traités comme ça», clame Josiane Balasko. La comédienne a manifesté mardi avec d’autres personnalités, comme Charles Berling ou la fille de Jack Lang, et quelque 80 militants de RESF «Réseau éducation sans frontières», devant le centre de rétention administratif (CRA) de Vincennes pour dénoncer la situation faite aux sans-papiers.
La manifestation a pour objectif «d’attirer l’attention sur ce qui se passe à l’intérieur» des centres, explique Pablo Krasnopolsky, de RESF. Cette situation tendue «n’est pas sans rapport avec la course aux 25.000 expulsions», l’objectif fixé par les autorités pour 2007, dénonce-t-il.
Au même moment, les sans-papiers de centre du Mesnil Amelot poursuivent leur mouvement commencé la semaine dernière. «Les quatre cinquièmes» des étrangers du centre, sur 114 personnes, sont toujours en grève de la faim, et manifestent dans la cour du centre, selon un porte-parole du mouvement, Benjamin Badikadila.
Le mouvement de solidarité étudiante s’étend
La grève et le sit-in des étudiants d’Ispahan contre la répression dans les universités a passé le cap des neuf jours le 31 décembre au rythme des slogans hostiles au gouvernement.Les grévistes ont scandé les désormais traditionnels “les étudiants préfèrent la mort à l’humiliation » et « libérez les étudiants emprisonnés ».
Selon les informations reçues, les autorités exercent de nombreuses pressions sur les grévistes pour briser leur mouvement. Les familles ont subi des pressions pour qu’elles dissuadent leurs enfants de poursuivre les protestations. Cependant malgré les menaces, beaucoup de familles ont choisi de soutenir leurs enfants.
Une pauvreté persistante sous la chape militaire
Plus de 80 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Le budget de l’enseignement public n’est que de 1,8 % du PNB.Depuis sa création en 1947, le Pakistan a essentiellement vécu à l’ombre des dictatures militaires et la situation sociale y est catastrophique. Plus de 80 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. À Karachi, les bidonvilles abritent la majeure partie des citadins. La taille des grandes cités a doublé en quinze ans. La mortalité infantile est la plus forte de toute la région : 88 pour 1 000 naissances. 80 % de la population n’a pas facilement accès à l’eau potable.
Ces trois dernières années, selon la Banque nationale du Pakistan, la pauvreté a augmenté de 15 %. Durant la même période, le gouvernement épargnait pour payer la dette extérieure. Selon le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, le Pakistan a remboursé en 2003 2,5 milliards de dollars à ses riches créanciers.
Métro de Toulouse : Travailler plus pour gagner moins, ça suffit !
À l’inverse de Nicolas Sarkozy, les surveillants du métro toulousain, salariés de la Brink’s, n’ont pas constaté d’augmentation sur leur fiche de paye l’année dernière.
Un salaire de Smicard pour plus de neuf heures de travail quotidiennes, des heures supplémentaires payées au tarif normal avec trois mois de délais, pas de treizième mois, et les frais de nettoyage de leurs tenues à leurs charges. Telles sont les conditions de travail jugés ”inacceptables” par les surveillants du métro toulousain, salariés de la Brink’s.
En grève depuis le 24 décembre, les hommes en parka bleu n’ont rien obtenu de leur direction. ”Elle se moque de nous. Le directeur des ressources humaines nous a proposé un rendez-vous en février” raconte l’un des grévistes.
La Chine se dote d’un droit du travail
Elle travaille depuis douze ans pour Heyi Electronics, une entreprise de la région de Shenzhen (Guangdong) qui fabrique des pièces pour l’électroménager. Mme Zhang ne souhaite pas donner son prénom. Le 27 décembre 2007, elle s’est mise en grève, avec quelque 400 travailleurs de son usine : “A cause de la nouvelle loi sur le droit du travail, (promulguée le 1er janvier 2008) l’usine doit signer un contrat avec tous les employés. Mais on s’est aperçu que ces contrats étaient ambigus, avec une paye horaire très faible, et rien n’était mentionné pour les heures supplémentaires. Alors on a stoppé le travail”, raconte-t-elle.
Si la grève reste interdite en Chine, l’entreprise a néanmoins vite revu sa copie et a proposé aux ouvriers qui travaillent depuis plus de dix ans, soit de partir et d’empocher 12 mois de compensation, soit de signer un nouveau contrat le 1er janvier. Mme Zhang a accepté, sous pression, dit-elle, de son chef de service.
“C’est typique. De nombreuses usines ont cherché à se débarrasser de leurs travailleurs avant 2008. Si on pouvait avoir les statistiques du chômage, on s’apercevrait qu’il est tout à coup en très forte hausse !”, assure Duan Haiyu, un jeune assistant dans un cabinet d’avocats de Shenzhen qui fournit des conseils aux ouvriers sur leurs droits. “Malgré le fort brassage de main-d’oeuvre en Chine, une partie des ouvriers, notamment les travailleurs migrants, travaille depuis de longues années dans les mêmes entreprises”, ajoute-t-il.
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