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Crime crapuleux sous couvert de crime “d’honneur”

Un homme tue sa sœur pour l’argent et déclare l’avoir fait « au nom de l’honneur » pour échapper à la punition.

Déclaration de Bassam al-Kadi, NESASY (Syrie)

Il y a quelques jours, Mohammad Saleem Kafaya assassina sa sœur Yasmine Kef aya Edleb avec un couteau ! Lui coupant la gorge sur l’autel de « l’honneur », il se précipita au poste de police pour se livrer lui-même en proclamant « j’ai lavé la honte ! », certain qu’il sera libéré dans quelques mois, ou au maximum dans deux ans ! Et les rumeurs disent que ce meurtre est arrivé à la fin d’une dispute entre eux sur l’argent qu’elle gagnait comme prostituée. Mais cela ne signifie rien pour le « mâle » syrien soutenu par les articles 548 et 192 du code pénal syrien qui lui assureront une liberté totale après une courte période de prison, et même une « médaille d’honneur » autour de son coup !

Mohammad Saleem était très connu dans la région, il avait déjà été emprisonné pour vol et sa sœur avait été détenue pour prostitution. Toute la région savait que le frère connaissait la profession de la sœur depuis des années. Et tout le monde sait aussi que c’est lui qui l’avait poussée vers la prostitution.

Et pourquoi pas ? « L’honneur » n’est-il pas en Syrie ce meurtre monstrueux que le gouvernement approuve et soutien par son silence complet à propos de ces assassinats quotidiens ? Le gouvernement qui prétend « soutenir » les questions des femmes dans toutes les rencontres internationales a-t-il fait le moindre geste positif pour les droits des femmes depuis 25 ans ! ? Oh, non, ils ont fait quelque chose, ils ont fait et ils continuent d’agir pour faire avorter toute initiative positive dans cette direction, qu’elle soit civile ou gouvernementale ! N’est-ce pas ce gouvernement, dont le ministère de la justice, supposé être à la tête d’un processus de changement législatif progressiste in Syrie, qui a érigé un mur en face des femmes syriennes qui sont supposées être à un (si ce n’est plus !) niveau inférieur que les « citoyens mâles » ? N’est-ce pas le ministère de l’intérieur qui reste, jour et nuit, les bras croisés devant de tels meurtres, même lorsqu’il est informé d’un meurtre avant qu’il soit commis ?!

N’est-ce pas le ministère des affaires sociales et de l‘emploi, par la voie de son ministre, qui est une femme, qui considère que les 200 à 300 femmes tuées en Syrie au nom de « l’honneur » ne représenteraient pas «un phénomène sur lequel il faudrait se pencher » ? Et la chef du bureau légal de la GWU [NDT : organisation officielle pour le droit des femmes, liée au parti Baath et au gouvernement] n’a-t-elle pas dit « nous n’avons aucun cas de crime d’honneur , et ce qui se développe dans les médias à ce propos a différents buts » ? Et le ministère des affaires islamiques ne nous fait-il pas des discours sur le pardon et la tolérance sans jamais bouger un petit doigt contre les porte-paroles des mosquées qui font, nuits et jours, des prêches contre les femmes ?!

Disons nous tout cela pour simplement montrer notre rhétorique ? Nous n’avons pas à le faire pour quelque chose qui est au-delà des mots. N’est-ce pas ce même gouvernement syrien qui ne fait rien dans le cas de la jeune R.M., alors que nous avons à plusieurs reprises montré qu’il s’agit d’une personne sérieusement menacée d’être assassinée « au nom de l’honneur » ? Tout cela lève-t-il le moindre doute sur la coopération du gouvernement syrien avec ceux qui tuent les femmes syriennes ? Non, il n’y a aucun doute. Et même plus, si une des faces du gouvernement célèbre la journée internationale contre la violence faite aux femmes, elle le fait de sa propre façon, en soutenant l’assassinat des femmes syriennes ! En soutenant qu’elles ne sont que des citoyennes de seconde zone en leur refusant le droit de transmettre leur nationalité à leurs enfants ! En soutenant le divorce par répudiation qui jette les épouses sans aucun droit ! En soutenant qu’elles soient privées de la garde de leurs enfants lors de procès sans aucune base ! En soutenant la négation du droit des femmes de choisir combien d’enfants elles veulent ! Et en leur niant le droit de choisir où elles veulent vivre ! En soutenant les violences quotidiennes « tant qu’elles ne sont pas des coups brutaux », et, bien sûr, le meurtre n’est pas qualifié de « coups violents » !!!

Il ne sert plus à rien de se cacher derrière de fausses justifications. Le gouvernement syrien est aujourd’hui le principal obstacle sur le chemin du refus de toute discrimination contre les femmes. Cette distinction sur la violence brutale ne représente qu’une des nombreuses formes pratiquées par le gouvernement lui-même en empêchant toutes les actions qui s’opposent aux discriminations et en refusant de changer la loi pour aller vers une vraie citoyenneté contre la « citoyenneté des mâles ». Ce gouvernement est aujourd’hui partenaire de la campagne contre les femmes syriennes, et c’est ce gouvernement qui est complètement responsable de toutes les violences commises contre les femmes syriennes, en particulier les crimes commis « au nom de l’honneur ».

NESASY, 20 novembre 2007, traduction ICAHK, 6 janvier 2007

janvier 6, 2008 - Publié par libertefemmespalestine | 2) Féminisme, droits des femmes et luttes anti-sexiste, Syrie | | Pas de commentaire

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