Un « plan pour les banlieues » ? Ou les banlieues en plan ?
Sarkozy prétend se pencher sur le sort des cités populaires et annonce un plan « Espoir Banlieue ». Plan qui consiste essentiellement en morale à deux sous. Que les jeunes en difficultés commencent par se lever tôt, et qu’ils montrent qu’ils sont prêts à travailler, dit le président. Ensuite peut-être, l’Etat pourrait les aider. Et Fadela Amara, socialiste devenue secrétaire d’Etat dans le cadre de l’ « ouverture », surenchérit en résumant avec sa gouaille : « Tolérance zéro pour la glandouille » . Il y a eu la « racaille ». Voilà maintenant la « glandouille ». Merci pour les familles ouvrières et leurs enfants que des taux de chômage de 20 % à 40 % acculent à la misère et la galère.
Le plan de Sarkozy-Amara ne vaut pas cher. Sarkozy avait ouvert son règne en accordant aux riches un « paquet fiscal » de quinze milliards d’euros. Ce n’était qu’un acompte. Pour eux, c’est cadeau ! Pour les travailleurs des banlieues et leurs gosses, même le petit milliard qu’avait annoncé Fadela Amara en janvier est maintenant trop élevé ! Il n’est plus question que de 500 millions d’euros. Pour une éventuelle amélioration des transports, pour créer des emplois, proposer des formations ? Autant dire des miettes.
Et sur qui compte Sarkozy ? Sur les « entreprises françaises pour qu’elle redonnent un espoir à cette partie de la jeunesse qui se sent abandonnée » . Comme si ce n’étaient pas les déferlantes de licenciements, voire de fermetures d’entreprises pratiquées par le patronat qui ont alimenté les taux de chômage faramineux de certains quartiers ! Mais il n’est pas question pour Sarkozy de s’immiscer dans les affaires des grandes firmes cotées en bourse. Pas d’incursion dans les grands groupes de ses amis Pédégés, pour qu’ils soient moins voraces.
Sarkozy n’a d’ambition pour les « banlieues » qu’à Neuilly pour un de ses fistons ! Et les entreprises qu’il invite à participer à son plan ne sont que des officines spécialisées… dans l’insertion professionnelle. Le peu d’argent mis sur la table sera donc en priorité distribué à quelques petits malins qui ouvriront boutique en prétendant enseigner aux jeunes comment tenter de se faire embaucher, comment apprendre les « codes nécessaires à l’insertion dans l’entreprise ». Mais pour trouver quels emplois ou formations sérieuses qui n’existent pas ? C’est à nouveau le coup des cellules de reclassement après les plans sociaux, des cabinets qui encaissent le pognon, sans vraiment aider à trouver un travail. 100 000 jeunes pourraient être concernés sur trois ans par ce plan, promet l’Elysée. Une infime partie des jeunes au chômage.
Il y a encore quelques gadgets : le « busing » qui permettrait de transporter chaque jour, par bus, certains élèves dans des collèges meilleurs de quartiers mieux dotés. Ou la création de genres de collèges de rattrapage. Pour y concentrer les gosses à problèmes et donc ne pas les régler ? Et évidemment, la sempiternelle promesse d’augmenter les effectifs de police. Le plan de Sarkozy, c’est du vent qui ne pourra qu’attiser les braises des inévitables émeutes et flambées de désespoir de quartiers ouvriers totalement abandonnés aussi bien par l’Etat que par ses représentants, dont des maires de gauche qui ne savent souvent que pleurer devant l’absence de « moyens ».
Car les moyens d’une vie plus digne ne tombent pas du ciel, ils ne peuvent qu’être arrachés par une mobilisation du monde ouvrier, des travailleurs du public et du privé : pour l’augmentation générale des salaires, pensions et indemnités, pour l’interdiction des licenciements, pour l’embauche massive dans les services publics pour remplir les tâches indispensables d’éducation, de santé, de transports. Il est là, le seul espoir pour les banlieues : celui qui se nourrit de revendications d’ensemble, pour les plus jeunes comme pour leurs parents, et surtout qui se nourrit de la perspective du combat commun pour les imposer.
Edito des bulletins d’entreprises L’Etincelle, 11 février 2008
Voir aussi le communiqué de la LCR
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