Le trafic de femmes, spécialité de Tuzla
A Tuzla, la prostitution fleurit depuis le début de la guerre en 1992, sous un modèle désormais classique dans les Balkans. Pour une fois, quelques responsables ont été arrêtés, mais ce trafic implique tellement de gens, pour certains haut-placés, que l’éradication des réseaux n’est pas une mince affaire.
Les inspecteurs de la police de Tuzla ont arrêté, début janvier 2008, quatre personnes liées au trafic de femmes, Elmedin Pirić Pirija, Nijaz Begović, Zvonko Kovačević et Slavica Dakić. Cette dernière, proxénète de longue date, « préparait » les jeunes femmes à l’entrée dans le monde de la prostitution en les droguant. Ainsi, les inspecteurs ont resseré le cercle d’un réseau de prostitution supplémentaire à Tuzla.
L’enquête contre les organisateurs de la prostitution avait demarré par hasard, l’année dernière, lorsqu’un client de marque, membre des forces armées internationales stationnées à la base militaire de Dubrava, s’est retrouvé sans porte-feuille et papiers d’identité, alors qu’il utilisait les services de jeunes prostituées de Tuzla et de Zvornik, si bien qu’il n’a pas pu rentrer chez lui, dans un des pays de l’Union européenne.
Une clientèle « distinguée »
Après avoir pris sa déposition, les inspecteurs de police ont fouillé un appartement à Brčanska malta (près de Tuzla), dans lequel étaient logées des prostituées, et ont saisi les téléphones portables de celles-ci, ceux des organisateurs du réseau, ainsi que le livret qui servait à gérer les finances. C’est comme ça que la police a trouvé des informations sur les clients : des hommes d’affaires, médecins, professeurs d’université, militaires étrangers, et membres d’organisations internationales en mission en Bosnie-Herzégovine.
Nombre d’entre eux s’étaient aussi retrouvés sans papiers ni porte-feuille, mais n’avaient jamais porté plainte par peur de ternir leur réputation. Les filles qu’ils allaient voir, de mèche avec les accusés, devaient laisser la porte entrouverte une fois le client entré dans l’appartement, afin que Pirić, Kovačević et Begović puissent entrer et s’emparer des porte-feuilles s’il restait quelque chose dedans, vu que la facture des services était déjà salée : 50 euros pour les clients « ordinaires », mais jusqu’à la somme incroyable de 800 euros pour les clients appartenant à la crème de la crème de la société. Slavica Dakić était responsable de l’ « acquisition » des jeunes femmes, et Elmedin Pirić Pirija, chauffeur de taxi, fournissait la clientèle pour l’utilisation des services, et organisait souvent des orgies à son domicile dans la commune de Donji Pasci, selon des sources policières. C’était Kovačević et Begović qui géraient les affaires. Cette pratique a duré longtemps, et si jamais la ville entendait parler des orgies, l’équipe déménageait alors du jour au lendemain, et s’installait dans un nouvel endroit. La chaîne s’est rompue à Brčanska malta, où les quatre criminels louaient un appartement au septième étage d’un immeuble. (…)
Des policiers complices de proxénétisme
Le procureur cantonal, Dijana Milić, a prescrit un mois de détention pour ces quatre personnes, et l’enquête en cours a déjà montré que Nijaz Begović, en 2005, avait incité une certaine S.A. à se prostituer, tandis que Zvonko Kovačević Munja a forcé cette même jeune fille à offrir son corps pour de l’argent pendant 6 ans. Quant à Elvedin Pirić Pirija, il a « seulement » vendu les filles C.E et S.E en 2007.
Selon des sources sures, deux sérieux groupes connus de criminels liés à la prostitution sont encore en fonction à Tuzla, information dont dispose même la police du canton de Tuzla. Vu que derrière cette chaîne, il y a des parrains de la mafia, l’enquête est encore plus difficile à mener, et il existe de sérieuses pistes amenant à penser que même des policiers seraient mêlés à cette affaire. En effet, notre source à la police du canton de Tuzla a constaté que des policiers étaient mêlés à deux affaires de prostitution à Srebrenik et à Kladanj, mais malgré la présence de preuves solides, ils n’ont jamais été inquiétés.
Tuzla : un centre du trafic de femmes en Bosnie
Rappelons que la région de Tuzla est, depuis 1992, un bastion de la prostitution en Bosnie-Herzégovine, avec au moins 30 bars nocturnes dans lesquels, derrière la façade de la danse, sont offerts les services sexuels de dizaines de jeunes femmes « importées » des pays de l’ex-URSS. Au niveau de la limite administrative située entre Gradačac et le district de Brčko, dans la commune de Donji Hrgovi, il y avait au moins 4 bars disposant de chambres destinées à la prostitution. Dans le plus connu d’entre eux, Why not, il y avait constamment 8 à 10 filles. Son propriétaire a été assassiné en 1999, en raison de dettes non payées. De nombreuses boîtes de nuit se trouvaient à Kalesija, et rien que dans la commune de Donje Vukovije, ils avaient réussi à en ouvrir 3, avec au moins 15 danseuses qui s’offraient pour de l’argent.
La plus connue à l’époque était le bar Amerika, dans laquelle se rendaient surtout des Américains de la base Eagle, qui se trouvait à moins de 2 km de là.
La prostitution fleurit aussi à Kladanj, dans quelques lieux situés près de la route Sarajevo-Tuzla, et les traces de grosses affaires demeurent aujourd’hui, si bien qu’on peut y « acheter » des filles à deux endroits différents.
Un officier de l’armée de Bosnie-Herzégovine, Haris Šarić, a présenté sa thèse de doctorat sur le phénomne de la prostitution, et les exemples de sa thèse ont été trouvés à Kladanj, Tuzla et Kalesija.
A Tuzla, la prostitution est un problème qui dure depuis des années. Le premier cas était une boîte de nuit, qui pendant et juste après la guerre se trouvait dans l’enceinte de l’Hôtel Tuzla. La police a rompu cette chaîne en arrêtant quelques personnes qui étaient impliquées. Les consommateurs des services des prostituées venues d’Ukraine et de Moldavie, via la Hongrie, étaient souvent des officiers, politiciens et hommes d’affaires célèbres.
Il existe même des vidéos de leurs orgies avec les prostituées, mais elles sont dissimulées dans un endroit inconnu. Selon nos informations, ces vidéos n’ont jamais été détruites. Dans la liste des visiteurs, qui n’est jamais arrivée jusqu’aux mains de la police, se trouvent les noms et les prix qu’ils ont payés. L’opération de rompage de cette chaîne a aussi failli briser l’appareil administratif du canton de Tuzla, parcequ’on suppose que le ministre de la police cantonale de l’époque, Hazim Rančić, était derrière cette chaîne, et qu’un nombre connu de ministres et députés ont participé aux orgies. L’enquête mise en place a rejeté ces spéculations. Les organisateurs ont été placés derrière les barreaux.
Les dernières actions du parquet de la police du canton de Tuzla, qui a arrêté les organisateurs de la prostitution sous le parrainage de la procureure Dijana Milić, ont montré que le plus vieux mêtier du monde n’avait pas disparu de Tuzla, mais que les criminels avaient seulement trouvé des chaînes plus sûres pour la vente des jeunes filles.
Prostituées de Bosnie et d’ailleurs…
Dans la région, il existe plusieurs listes de groupes de jeunes filles qui offrent leurs services dans des appartements ou véhicules privés. Les chaînes de prostitution les plus profitables sont des organisations de proxénètes locaux, qui vendent à la fois des femmes et des drogues dans des appartements loués.
A la différence de l’époque où la prostitution était en plein essor, maintenant ce sont des femmes bosniennes qui offrent leurs serices, alors qu’à peine deux ou trois filles d’Ukraine ou de Moldavie sont présentes, et sont vendues commes des attractions « exotiques ». Notons qu’une dizaine de ces filles étrangères qui travaillaient dans les bars sont restées vivre en Bosnie-Herzégovine, où elles ont fondé une famille et donné naissance à leurs enfants.
Le Courrier des Balkans, 24 février 2008
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