Fatma Ksila et Samia Abou violemment prises à partie par la police
Fatma Ksila et Samia Abou sont violemment prises à partie par la police tunisienne.
Une grève de la faim de solidarité, pour dénoncer les agressions et les brutalités policières.
Fatma Ksila et Samia Abbou ont été l’objet à plusieurs reprises de brimades, d’intimidations et d’agressions de la part des policiers en civil. Fatma Ksila , secrétaire générale du CRLDHT et Samia Abbou, membre de l’Association Tunisienne de lutte contre la torture (ATLT) ont entamé des rencontres avec des familles de victimes de la torture afin de recueillir leurs témoignages en vue de la publication d’un rapport conjoint CRLDHT-ATLT sur la pratique de la torture et les mauvais traitements notamment dans les affaires jugés dans le cadre de la loi contre le terrorisme.
Dès son arrivée à Tunis, Fatma Ksila a reçu des messages téléphoniques insultants et orduriers, très probablement l’oeuvre des agents de la police politique. Le jeudi 14 février 2008, des agents en civil l’ont empêché d’accéder au domicile de Mme Fatma Tlili, qui a annoncé la veille lors d’une conférence de presse sa décision d’entamer une grève de la faim en soutien avec son fils Abderrahmane TLILI, en grève de la faim depuis le 15 janvier 2008 dans la prison de Mornaguia (banlieue de Tunis). Un groupe d’une vingtaine de policiers en civil, menaçant et vindicatif, lui ont ordonné de quitter le lieu sur le champ. La même scène s’est reproduite le lendemain devant le cabinet de Maître Radhia Nassraoui où Fatma Ksila devait rencontrer des familles de prisonniers pour recueillir leurs témoignages. Ces dernières ont été empêchées d’accéder au cabinet de Me Nassraoui. Mme Zeineb Chebli, de l’association “Liberté et équité ” a été conduite au poste de Ibn Khaldoun ou elle a été retenue pendant plusieurs heures.
Le samedi 16 février 2008, Fatma Ksila s’est déplacée à Sidi Bouzid ( 350 Km de Tunis), en compagnie de Mme Samia Abbou, pour une série de rencontres avec des familles des membres du groupe de Soliman condamnés à perpétuité et à de lourdes peines d’emprisonnement ( 30 ans). Quelques minutes après leur arrivée au domicile de la famille Jaziri de nombreux policiers en civil ont envahi la rue, conduit par le chef du district de Sidi Bouzid. A leur sortie du domicile des Jaziri, Fatma Ksila et Samia Abbou, ont été conduites à la station de transport et contraintes à monter dans une voiture de louage à destination de Tunis suivie tout au long du trajet par des voitures banalisées de la police politique.
Le lundi 18 février 2008, Fatma Ksila et Samia Abbou se sont rendues au domicile des parents de Imed Ben Amer, à Sousse ( 140 km de Tunis). Ce dernier a été condamné à la peine capitale dans l’affaire du groupe de Soliman. Violemment agressées, elles ont été traînées par terre et rouées de coups, par des agents en civil en nombre. Déchaînés, ces derniers n’ont cessé de proférer des injures orduriers et obscènes. Les sacs des deux militantes ont été vidés et la police a confisqué de l’argent liquide, un appareil photo et un magnétophone. Avertis, les militants de la section de Sousse de la Ligue Tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH) se sont accourus pour accompagner les deux militantes jusqu’à la station de louage où elles ont pris la direction de Tunis dans une voiture remplie d’agents civils. Arrivées à Tunis où les attendait Me Mohamed Abbou, elles ont été « accueillies » par d’autres agents qui ont pris le relais. Me Abbou a , à son tour , été l’objet d’agression , d’insultes et de provocation ordurières l’amenant à informer le Bâtonnier et à saisir le procureur de la république. En vain.
Ces agressions et violences à répétition ont provoqué la consternation et l’indignation dans les rangs des démocrates et des défenseurs des droits humains. Mokhtar Trifi , président de la LTDH a suivi de prés les événements et n’a cessé de manifester sa solidarité avec les deux militantes. Le CNLT ( conseil national pour les libertés en Tunisie) a publié une déclaration dans laquelle il exprime son entière solidarité avec les deux militantes et « condamne avec la plus grande énergie l’agression contre les défenseurs des droits humains et exige l’ouverture d’une enquête et la sanction des coupables». Le Collectif 18 octobre, le Parti démocrate progressiste comme le Parti communiste des ouvriers de Tunisie ont condamné ces violences policières .
Emportées par un élan de solidarité et déterminées à affirmer la place de choix des femmes tunisiennes dans la lutte pour les libertés, contre les violences policières, l’impunité et le despotisme , quinze militantes tunisiennes se sont jointes à Fatma Ksila et à Samia Abbou pour faire de la journée du mardi 19 février une journée d’action et de protestation pendant laquelle elles entament une grève de la faim.
Il s’agit de :
ABBOU, Samia, ATLT.
AMROUSSIA Zakia, association des chômeurs diplômés.
BEL HAJ HAMIDA Bochra, avocate.
BEN DABA Leila, avocate.
BEN NACEUR Afef, comité régional de défense des diplômés chômeurs. Monastir.
CHERIF Khadija, universitaire et défenseure des droits humains
DHAIFAOUI Zakia, syndicaliste et défenseure des droits humains –Kairouan.
DRIDI Hamida, médecin ; section de a LTDH- Monastir
GARRAJ Saida, avocate.
HAMMAMI Nadia, ingénieur -Paris.
HOUSNI Najet, actrice et membre d’Amnesty international section de Tunisie.
KSILA Fatma, secrétaire générale du CRLDHT.
MESTIRI CHEBBI Safia, universitaire et défenseure des droits humains
MHAMDI Ghazala, Gafsa.
Nassraoui Radhia , présidente de l’Association tunisienne de lutte contre la torture.
REZGUI Najoua, ancienne détenue politique.
RJIBA Naziha ( Oum Ziad), Observatoire national de la liberté de la presse, de l’édition et de la création.
Le CRLDHT dénonce cette violence policière qui intervient pour entraver le travail d’investigation et d’information sur la pratique de la torture en Tunisie qui a pris une ampleur inégalée. Ces réactions brutales et disproportionnées de la police tunisienne à l’encontre de deux militantes, Fatma Ksila et Samia Abbou, illustre le caractère sensible de la torture devenue systémique en Tunisie. Le travail entamé en partenariat avec l’ATLT sera poursuivi dans le but de faire cesser cette pratique criminelle et pour que l’impunité cesse et les responsables des crimes commis poursuivis et châtiés. Le CRLDHT exprime sa solidarité agissante avec Samia Abbou et Fatma Ksila ainsi qu’avec toutes les victimes de la répression sauvage. Il salue l’action et le courage des militantes tunisiennes qui ont organisé la journée d’action du mardi 19 février. Le CRLDHT exprime son inquiétude quant au sort des familles des victimes de la torture qui vivent sous une pression policière traumatisante.
En relation avec l’ensemble des organisations internationales de droits de l’Homme le CRLDHT appelle à une mobilisation active contre cette nouvelle poussée de fièvre en Tunisie.
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie
Paris, le 19 février 2008
Génération TUNeZINE, 26 février 2008
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