Travailleurs bangladais : Leurrés par l’eldorado mauricien
Ils sont venus à Maurice pour fuir le chômage. Mais marqués par des conditions de vie humiliantes, des ouvriers bangladais ont préféré se révolter et s’en remettre aux autorités. Un cas qui n’est pas si isolé, et qui donne matière à réflexion.
Le sentiment d’avoir été piégé. Et des rêves brisés. Le cas des travailleurs bangladais qui se sont élevés contre leurs conditions d’emploi et de vie la semaine dernière, n’est malheureusement pas un cas isolé. Selon les syndicalistes et les négociateurs qui tentent de les aider, les droits des travailleurs venant d’Asie sont trop souvent bafoués.
Mais la plupart d’entre eux ne veulent pas tenter le diable, et préfèrent se plier aux ordres de leurs patrons.
La perspective d’être renvoyés chez eux n’est guère réjouissante. D’autant plus que la majorité des ouvriers bangladais ont dû passer par des agents recruteurs avides d’argent pour pouvoir trouver du travail à Maurice. Beaucoup racontent avoir hypothéqué leurs biens pour pouvoir payer l’intermédiaire. Les sommes demandées varient, quant à elles, entre Rs 100 000 et Rs 200 000.
Mais les choses changent. Et les manifestations ont tendance à devenir chose courante ici, encore plus de la part des travailleurs immigrés venant du Sri Lan-ka et du Bangladesh. Dans un passé pas très lointain, les hommes d’affaires les appréciaient justement parce qu’ils avaient la réputation d’obéir et d’accepter de bas salaires.
Réduits à ramasser les restes
La grève des 26 travailleurs bangladais à Montagne-Ory illustre bien ce changement. Ces derniers demandaient des logements moins surpeuplés et davantage de travail car, disent-ils, avec Rs 3 000 à Rs 4 000 par mois, ils n’arrivaient plus à honorer leurs dettes ni à envoyer d’argent à leurs familles.
« Nous voulions un salaire nous permettant de vivre dignement », affirmait l’un des ouvriers désenchantés.
« Il s’agit d’une sorte de signal d’alarme pour les autorités. Elles ne devraient plus ignorer ce sujet qui risque de devenir de plus en plus difficile à régler », souligne Reaz Chuttoo, négociateur au sein de la Federation of Progressive Union. Selon lui ces travailleurs ont été floués sur toute la ligne. L’intermédiaire qui les a recrutés leur avait promis un salaire de Rs 8 000 à Rs 9 000 avec les heures supplémentaires. Or, ils ne perçoivent que la moitié de ce qui a été proposé. En outre, chaque ouvrier n’obtient que Rs 800 par mois pour la nourriture, ce qui est largement insuffisant.
Et il n’est pas rare alors de voir certains, poussés par la faim, sortir de leur chambre minuscule durant leur jour de congé hebdomadaire pour aller à la foire aux légumes la plus proche. Là, ils attendent la fin du marché pour pouvoir négocier le prix des légumes à la baisse. Certains en sont même réduits à ramasser des restes qui s’accumulent au pied des étals. « Ce qui n’est pas pour plaire aux marchands qui les insultent copieusement », poursuit le syndicaliste.
D’aucuns dénoncent les humiliations que leur font subir leur patron. « Ils sont vraiment traités comme des moins que rien. La moindre velléité de révolte, et voilà que les patrons agitent sous leur nez des menaces de d’expulsion… » Si certains persistent et signent, d’autres y réfléchissent à deux fois avant d’aller de l’avant.
« Beaucoup se disent alors que s’ils rentrent au pays, ils n’auront pas la possibilité de rembourser leur prêt, à moins de vendre leurs biens… » La perspective de retourner au Bangladesh, pays où s’entassent 130 millions d’âmes et où sévissent la misère et le chômage, n’a rien de séduisant.
Mettre en place des structures
Outre ces conditions de vie humiliantes, des travailleurs se plaignent d’un nouveau phénomène. Celui où des personnes recrutées ne répondent pas aux critères demandés par l’employeur. Reaz Chuttoo explique : « En clair, mettons qu’un employeur mauricien recherche un ouvrier spécialisé dans la couture de chemises. Il y a de fortes chances pour l’employeur de voir débarquer dans son usine un ouvrier ne sachant faire que de l’overlock. »
Ce problème est très récurrent, car les intermédiaires étrangers ne respectent pas les besoins de l’employeur et envoient des ouvriers qui ne correspondent pas aux critères d’emploi.
Et comme les patrons n’ont aucun recours pour entamer des poursuites, l’agent recruteur tente alors d’exploiter l’ouvrier dans le seul but d’accumuler des sous sur le compte en banque.
Les défenseurs des travailleurs immigrés venant d’Asie estiment que les autorités doivent mettre en place des structures pour mieux protéger les travailleurs. « C’est l’État qui paie le prix des manifestations. C’est donc à lui d’intervenir et d’améliorer les conditions de vie et de poursuivre les entrepreneurs coupables d’infractions à la loi. »`
L’Express Dimanche, 2 mars 2008
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