Les entreprises de nettoyage font le ménage des sans-papiers
Val de Marne (94) : Les patrons qui emploient des sans-papiers ne sont pas tous ces braves gens décrits par la plupart des médias, prêts à aider leurs employés pour qu’ils soient régularisés. Des entreprises de nettoyage du Val-de-Marne ont poursuivi en justice leurs employés sans-papiers pour leur occupation du siège de la fédération patronale.
Depuis la mi-avril, des travailleurs sans-papiers se sont mis en grève pour obtenir leur régularisation. R-é-g-u-l-a-r-i-s-a-t-i-o-n. Il faut insister, pour que le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, comprenne que régulariser et naturaliser, ça n’est pas pareil. Non informé ou stratégique, toujours est-il qu’il a fait la confusion lors de son intervention télévisée du jeudi 24 avril.
Si depuis le début des grèves, 60 sans-papiers qui travaillent essentiellement dans la restauration, le bâtiment, l’aide à la personne, l’interim ou le nettoyage, ont obtenu satisfaction, beaucoup plus nombreux sont ceux qui attendent toujours le soutien de leur employeur, et surtout l’aval du préfet pour être régularisé. Au total, mi-avril, près de 1 000 dossiers de demandes ont été déposés dans cinq préfectures d’Ile-de-France (Paris, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne).
Pour les sans-papiers de Villejuif (Val-de-Marne), qui bossent dans des boîtes de nettoyage, la situation est particulièrement tendue. La fédération patronale des entreprises de propreté (FEP) de Villejuif a saisi la justice le 22 avril pour faire déguerpir leurs employés sans-papiers qui occupent les locaux de la FEP de la ville depuis le 15 avril (ils sont d’abord 300 selon la CGT, puis une petite centaine).
Le premier jugement (rendu le 25 avril) a été favorable aux employés, la procédure engagée par les plaignants ayant été jugée irrecevable. Mais le deuxième, dont l’audience a eu lieu vendredi 2 mai, et l’ordonnance rendue le lundi suivant, a été favorable aux patrons – qui obtiennent l’expulsion du lieu, 2 000 euros de dommages, et 150 euros par jour d’occupation supplémentaire et par personne. Raison invoquée par le tribunal des référés de Créteil : le nombre, important, de personnes occupant le site, alors que celui-ci est à proximité d’un centre d’examens, qui pourrait être perturbé. Caroline Aubry, responsable CGT pour l’immigration dans le Val-de-Marne, déçue du jugement, affirme qu’ « il y a pourtant toujours eu une grande maturité dans l’action, un grand respect pour le centre d’examen ». Vendredi 9 mai, les sans-papiers ont dû quitter les lieux.
Tout n’est cependant pas perdu pour les sans-papiers des sociétés de nettoyage. Signe encourageant, le patron de SENI, une société de nettoyage industriel, s’est engagé, mercredi 7 mai, à soutenir les 100 sans-papiers qui travaillent dans sa boîte.
Mais devant le préfet, c’est chacun son tour. Pour Caroline Aubry, c’est clair, au total, il faudra au moins quatre mois. Alors le temps d’attendre que son dossier soit traité, la vie continue, dans la peur d’être embarqué, et dans l’espoir, renforcé avec la médiatisation des revendications, de vivre comme les autres.
Bakchich, 10 mai 2008
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