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Les blogs de la colère au Moyen-Orient

A l’avant-garde du journalisme, les blogueurs du monde arabo-musulman slaloment entre les lignes pour faire la lumière sur des sujets volontairement ignorés par la presse officielle.

Une fois de plus, le téléphone a sonné pour l’inviter à «prendre un café», mot d’usage utilisé par les services de renseignement syriens lorsqu’ils convoquent un opposant. Sauf que ce 7 juillet 2007, Tariq Biassi n’est jamais rentré chez lui, dans sa maison de Tartous, au nord de Damas. Avant qu’on apprenne, le mois dernier, que le jeune blogueur a finalement été condamné à 3ans de prison. Motif invoqué: la «publication de fausses informations» et «l’affaiblissement du sentiment national». En fait, le jeune homme de 23 ans est accusé d’avoir posté un article critiquant les services de sécurité de son pays sur un forum internet.

L’histoire de Tariq n’est pas isolée. De Damas à Riyad, en passant par Le Caire, une vague de répression sans précédent est actuellement en train de s’abattre sur une nouvelle force d’opposition qui défie le pouvoir en place: les «cyberdissidents».

Armés d’un simple ordinateur, d’un téléphone portable et, parfois, d’un appareil photo numérique, cette nouvelle génération de journalistes en herbe s’est donné pour objectif de briser systématiquement le silence sur les atteintes aux droits de l’homme dans leurs pays respectifs.

«En fait, ils viennent combler le vide laissé par la presse locale, muselée par les pouvoirs en place», constate Gert Van Langendonck, rédacteur en chef de Menessat, un site internet dédié aux médias arabes. Affaires de corruption, torture, harcèlement… Aujourd’hui, rien n’échappe aux blogueurs. «En leur absence, personne ne serait capable de savoir ce qui se passe dans ces sociétés», remarque Alexandra Sandels, une journaliste suédoise, qui poursuit des recherches sur la cyber-censure au Proche-Orient.

Ni contraintes de taille ni délais d’impression pour ces petits génies de l’informatique. Grâce aux nouveaux outils internet – tels que les forums de rencontre comme Facebook ou encore les Twitters, ces petits textos envoyés directement d’un téléphone portable sur un blog -, les blogueurs ont le pouvoir d’informer leurs lecteurs en temps réel. Sans passer par les filtres de la censure.

Succès garanti, à en croire la récente mobilisation de la blogosphère tunisienne, où l’on a pu voir de jeunes auteurs raconter, en direct, les manifestations organisées par des milliers d’ouvriers des mines de phosphates de Gafsa, Redyef et Oum el Arayess pour protester contre l’inflation galopante. Les journaux officiels, en revanche, s’étaient bien gardés d’en faire part à leurs lecteurs.

C’est sur la Toile égyptienne qu’il faut se pencher pour saisir la portée de cette fronde virtuelle. Et ses petites victoires contre les autorités en place. C’est, ainsi, grâce à une vidéo postée sur YouTube que Wael Abbas, un des blogueurs les plus en vogue au pays des pyramides, parvint à alerter, en 2007, l’opinion publique et les organisations internationales sur le cas d’un chauffeur de bus sodomisé par deux policiers. Au point de forcer la justice à condamner les coupables à 2ans de prison. En d’autres temps, l’affaire serait passée inaperçue.

Mais, revers de la médaille, le cyberactiviste de 33 ans fut surpris de découvrir, un peu plus tard, que son compte chez YouTube avait été bloqué… et sa boîte e-mail fermée. «L’absence de législation relative à Internet est une véritable aubaine, car elle facilite la liberté d’expression, constate Clothilde Le Coz, de Reporters sans frontières. Cependant, les autorités profitent, elles aussi, de ce vide pour réprimer les blogueurs à toutes les sauces et imposer des lignes rouges spécifiques à chaque cas», ajoute-t-elle. Dernier exemple en date: l’arrestation pendant quinze jours, en avril dernier, de la jeune Egyptienne Esraa Abdel Fattah. Son crime «virtuel»: avoir créé, sur Facebook, un groupe d’appel à une grève générale réclamant, entre autres, de meilleurs salaires.

La pression gouvernementale ne s’arrête pas là. «On assiste de plus en plus à l’augmentation des formes de censure indirectes», précise Clothilde Le Coz. Et de citer la multiplication des filtres bloquant l’accès aux sites controversés ou encore le contrôle plus systématique des cybercafés.

Ainsi, en Syrie, dit-elle, un décret en date de juillet 2007 oblige désormais les propriétaires des sites internet à conserver les données personnelles des auteurs d’articles et de commentaires. «C’est en retrouvant l’origine de sa connexion que les autorités de Damas auraient apparemment réussi à identifier Tariq Biassi. Lors de son interrogatoire, le jeune homme a nié les faits qui lui étaient reprochés en assurant que les commentaires publiés n’étaient pas les siens, dans la mesure où il partageait sa ligne téléphonique avec six autres abonnés, dont un cybercafé», note Clothilde Le Coz. Mais pour l’heure, la justice reste ferme. Et deux autres cyberdissidents, Habib Saleh et Firas Saad, subissent actuellement le même sort que lui.

«Les blogueurs payent malheureusement le prix de leur engagement», constate la journaliste Alexandra Sandels, tout en saluant l’audace de ces «e-opposants». Forts de leur expérience, ces petits génies de l’informatique sont en effet devenus de vrais experts dans le contournement des filtres imposés sur le Net. Quand des collègues sont jetés en prison, ils mettent également un point d’honneur à sortir l’information au grand jour. Jusqu’à confectionner des sites qui leur sont entièrement dédiés, leur permettant de sortir de l’anonymat.

Ironie de l’histoire: depuis son arrestation, Tariq Biassi, le jeune blogueur «timide et calme» – c’est ainsi que le décrivent ses amis – jouit aujourd’hui d’une notoriété qu’il n’aurait jamais pu imaginer. La pétition «Free Tariq», qui circule sur Internet est désormais relayée par une dizaine de blogs et de forums sur Internet.

Le Temps, 14 juin 2008

juin 14, 2008 - Posté par xxx | 7) Répression, Egypte, Syrie, Tunisie | | 2 commentaires

2 commentaires »

  1. [...] l’Iran qui se la joue provoc..mais STOP Orchi, pas de pol. sur ton blog! (Hey mine de rien..heureusement que je ne bloggue pas de Damas!). Les conflits mêlant religion et politique brisent des familles et créent le chaos. Mais je [...]

    Ping par Liban: La terre tremble. Et le ciel? ..il nous tombe sur la tete ? « O R C H I D E A N E | juillet 9, 2008 | Répondre

  2. http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    Avec le développement accrus d’Internet dans le monde, les dictatures en place vont avoir de plus en plus de difficulté pour censurer l’information. C’est la fin de la dissimulation des actes de torture, de barbarie, de répression, de violence, de privation de liberté, de crime contre l’humanité…….. Chaque citoyen devient un journaliste en puissance. Les dictateurs et leurs complices ont du soucie à se faire pour éviter les tribunaux internationaux.
    Nous avons l’exemple en Tunisie avec la détention de madame Sameh Harakati. Cette jeune femme en prison à la maison d’arrêt de Mannouba à Tunis, a subit des nombreuses violences, tortures, privations, voles……orchestré par la direction de cet établissement pénitencier.
    Des poursuites juridiques sont en cours contre ces fonctionnaires d’état tunisien qui ont humiliés de par leurs actes criminels, toute la nation tunisienne.
    Il serait juste de restituer la liberté à cette jeune Sameh Harakati. Cette double peine infligé par ces fonctionnaires de prison est la sanction de trop après son procès abusif.

    http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    Comment par Salamma Fez | août 10, 2008 | Répondre


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