La loi jordanienne toujours clémente avec les meurtres d’honneur
Lorsqu’Urweh Zreiqat, un présentateur de télévision, demandait, dans un de ses talk-show, à un groupe d’étudiants de l’université de définir l’honneur, la plupart ont dit qu’il était lié à l’éthique, à l’honnêteté, à la dignité, à la réputation et à la loyauté.
Aucun d’entre eux n’a mentionné l’hymen des femmes, ou sa fidélité reconnue, deux des principales causes des prétendus crimes « d’honneur » en Jordanie. Pourtant, ils restent un des principaux mobiles de meurtres dans le pays.
Si le taux de criminalité est bas en Jordanie (le pays comptait environ 2,6 meurtres pour 100.000 habitants l’année dernière), un quart des crimes sont des crimes contre les femmes commis au nom de l’honneur, selon Hani Jahshan, médecin légiste.
La semaine dernière, un garçon de 16 ans a poignardé sa sœur âgée de 23 ans après qu’elle ait disparu un mois avec son petit ami, ce fut le septième meurtre de cette nature depuis le début de l’année.
Les crimes d’honneur ne sont pas un phénomène nouveau en Jordanie, un royaume conservateur où les lois sont clémentes pour les hommes reconnus coupables de tels crimes, risquant au plus des condamnations à six mois de prison s’ils sont reconnus avoir commis le meurtre « dans un saut de colère ».
Le parlement a, à deux reprises, refusé de réformer le code pénal malgré la pression des groupes pour les droits humains.
« Les prétendus crimes d’honneur continuent à cause de la mentalité qu’il faut changer. Et cela prendra beaucoup de temps » dit Rula Quawas, directrice du Centre d’Etudes des Femmes de l’Université de Jordanie.
« La perception c’est que les femmes sont les détentrices de l’honneur familial, les dépositaires de l’honneur, elles sont ainsi écrasées, transformées en objets et sexualisées ».
L’année dernière, 17 femmes ont été tuées au nom de l’honneur en Jordanie. La question de l’honneur est tellement centrale qu’il est connu que des prétendants éventuels emmènent leurs fiancées dans des centres médicaux pour contrôler leurs hymens et avoir la confirmation qu’elles sont bien vierges.
Selon la loi jordanienne, « celui qui découvre sa femme, ou une de ses descendantes ou ascendantes ou sœurs avec un autre dans un lit illégal et qui tue ou blesse l’un d’entre eux ou les deux, bénéficie d’une peine réduite ».
Rana Husseini, une militante pour les femmes et journaliste au « Jordan Times », qui a fait connaître les crimes d’honneur, dit que ces meurtres ont plus souvent lieu suite à un soupçon à une rumeur de relation illicite qu’à de faits réels.
Une étude du Fond de Développement pour les Femmes des Nations Unies a trouvé que 25% des victimes de crimes d’honneur ont perdu la vie parce qu’elles étaient suspectées d’avoir eu une relation illicite et 15% seulement ont été tuées après que l’adultère ait été prouvé.
« D’autres meurtres ont lieu parce que les victimes sont enceintes sans être mariées, ou qu’elles ont disparu de chez elles ou simplement pour s’être mariées contre le choix de leurs familles » dit Madame Husseini.
« D’autres sont tuées pour des raisons financières ou d’héritage ».
Ayat, 20 ans, fut battue par sa famille avant que ses frères la noient dans la Mer Morte en mai parce que son mari l’avait accusée d’avoir eu une relation avec un autre homme avant leur mariage.
Lors de sa déclaration au tribunal, le frère d’Ayat a dit qu’avant de pousser la tête de sa sœur sous l’eau, elle lui a demandé ce qu’il voulait lui faire. « Je veux te tuer » a-t-il dit.
Les médias locaux ont rapporté qu’il a affirmé à la police avoir tué sa sœur pour laver l’honneur de la famille.
Le même mois, un homme de 22 ans a tué sa sœur enceinte d’une balle dans la tête, là aussi prétendument pour restaurer l’honneur familial.
Ces meurtres ont provoqué de la colère en Jordanie et le talk show de monsieur Zreiqat cherchait à traiter de cette question. Les étudiants de l’université ont visionné un drame de 10 minutes où un père tue sa fille parce qu’il la suspecte d’avoir une relation avec un jeune homme sans vérifier les faits.
La plupart des étudiants ont été solidaires de la jeune femme.
« La raison pour laquelle cela est arrivé vient du manque de dialogue entre le père et sa fille, il ne lui a pas donné la possibilité de s’expliquer » dit une des étudiante.
« Le problème dans notre société est que les males peuvent faire ce qu’ils veulent et personne ne leur dit rien » ajoute-t-elle.
Le Forum Jordanien National pour les Femmes, une organisation non-gouvernementale fondée en 1995, a demandé il y a deux mois au parlement des peines plus élevés pour les hommes coupables de crimes d’honneur et d’abolir l’article 340 du code pénal qui réduit les peines pour les hommes qui tuent des femmes de leurs familles qui auraient commis l’adultère. Le parlement a refusé de changer les lois.
Mahmoud Kharabsheh, un membre du parlement, disait que les médias exagéraient le problème et qu’il n’y avait pas de crimes d’honneur ou de crimes contre les femmes.
« Les meurtres commis sont liés à des adultères… qui ont un impact négatif sur notre société. Cette campagne contre les femmes est exagérée » a-t-il ajouté.
ICAHK, 11 juillet 2008
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