Dictature du prolétariat, démocratie et droits des femmes
Si Engels définissait le communisme comme la théorie de l’émancipation du prolétariat, on peut ajouter qu’il s’agit de la théorie de l’émancipation de l’humanité par la révolution prolétarienne. Pour l’humanité toute entière, condamnée au chaos, à la misère, aux guerres et à la barbarie, il n’existe plus aucune alternative autre que la révolution communiste, la destruction de tout l’ordre social existant. La bourgeoisie ayant démontré depuis la fin de la deuxième guerre mondiale son incapacité à accomplir y compris les tâches d’une révolution démocratique bourgeoise dans près de 75% de la surface de la terre, il appartient donc à la classe ouvrière d’accomplir ces tâches. Mais si la réalisation des tâches révolutionnaires démocratiques fait partie intégrante de notre programme, en autre pour briser les restes de féodalisme, de tribalisme, de patriarcat ou du système des castes, cela ne fait pas des communistes des démocrates au sens classique du terme.
Un des principes démocratiques de base, c’est la règle de la majorité qui l’emporte sur la minorité. La démocratie parfaite, idéalisée des bourgeois, c’est celle du citoyen qui vote individuellement dans l’isoloir. Or, les règles de la lutte des classes ne sont pas celle de la démocratie. Dans la lutte des classes, s’il s’agit de construire un mouvement de masse, la question n’est pas tant celle de la majorité que celle du rapport de force. Dans l’isoloir idéal, un cheminot égale un petit-bourgeois. Dans la lutte des classes, 10.000 cheminots en grève ont plus de poids que 10.000 petits-bourgeois isolés. Dans chaque grève, c’est la question du rapport de force qui est posée, et si cette question implique d’amplifier et d’élargir le mouvement, de gagner toujours plus de travailleurs à la grève, elle est tout de même assez loin de la règle démocratique où 50,1% l’emportent sur 49,9%.
La révolution sociale n’est que le paroxysme de cette lutte des classes. La prise du pouvoir par l’insurrection, lors de la crise révolutionnaire, ne signifie pas que 50,1% de la population y soit favorable, mais que le rapport de force permette au prolétariat de se lancer dans la lutte pour le pouvoir, et que le parti ouvrier révolutionnaire soit capable de l’organiser. Les bolcheviks n’étaient pas majoritaires dans le cadre d’élections parlementaires concernant toute la Russie, mais le rapport de force en octobre 1917 permettait au prolétariat de s’emparer du pouvoir. S’il y a eut à l’époque quelques critiques sur la tactique des bolcheviks, le débat est aujourd’hui tranché et nous nous accordons tous pour dire que l’insurrection d’octobre 1917 était juste. Et 90 ans après les faits, malgré la contre-révolution stalinienne, la révolution d’octobre 1917 continue d’être porteuse d’espoir, reste la preuve que le prolétariat est non seulement capable de révoltes mais aussi de victoires.
Il arrive encore aujourd’hui que des sociaux-démocrates pleurnichent sur les entorses aux règles démocratiques qu’auraient prises les bolcheviks. Mais, ayant pris le pouvoir, le prolétariat se devait de le garder, sous peine de connaître la plus sanglante des répressions. Engels, polémiquant avec les anarchistes, rappelait déjà qu’une révolution est le phénomène le plus autoritaire qui soit : la classe opprimée renverse la classe dominante par la force des fusils. Une révolution n’est pas un acte démocratique, c’est un coup de force. Et la révolution russe a aussi ceci de particulier qu’elle fut une révolution prolétarienne instaurant un État ouvrier dans un pays où la classe ouvrière était minoritaire. Ce cas de figure reste celui auquel nous serons confrontés dans bien des région du monde. Que les bolcheviks se soient alliés aux paysans est une chose, et dans bien des pays, nous serons amenés une fois au pouvoir à devoir mener des réformes agraires, il n’empêche que la classe au pouvoir était le prolétariat.
La révolution française, la plus radicale des révolutions bourgeoises, dut utiliser la terreur pour briser le féodalisme et anéantir l’aristocratie en tant que classe. Le prolétariat ne pourra anéantir les rapports sociaux capitalistes que par des belles proclamations. Une fois au pouvoir, il sera du devoir du parti révolutionnaire de tout faire pour le garder, pour renforcer l’hégémonie du prolétariat sur la société et accomplir son programme, le plus radical qui soit dans l’histoire, la destruction de toute forme d’oppression de l’humanité.
Si il est clair pour tout le monde que socialiser les moyens de production, exproprier les capitalistes, c’est forcément briser la résistance de la bourgeoisie, le prolétariat au pouvoir devra aussi faire face à d’autres résistances. L’exemple le plus parlant est celui de l’émancipation des femmes. Bien que pouvant apparaître par bien des aspects comme peu démocratique d’un point de vue formel, la république soviétique reste le régime qui dans l’histoire a le plus fait et le plus rapidement pour la libération des femmes. Légalisation de l’avortement, égalité dans tous les domaines juridiques, abolition de l’obligation de la femme de vivre au domicile du mari, création de crèches et de cantines collectives pour libérer les femmes du travail domestique, programme d’alphabétisation pour les paysannes, etc. et tout cela entre 1917 et le début des années 20, dans un pays qui était encore largement féodal. Pour comparer la France « pays des droits de l’homme » n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 1944 et la Suisse, ce modèle de démocratie, a dû attendre les années 1970 pour que les cantons les plus conservateurs acceptent que les femmes participent aux élections !
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