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Le président afghan gracie des hommes coupables d’un viol collectif

Hamid Karzai, le président afghan, a gracié trois hommes qui avaient été jugés coupable d’un viol collectif dans la province de Samagan, au nord du pays.

La femme victime, Sara, et sa famille ont appris cette grâce présidentielle uniquement lorsqu’elles ont vu les violeurs de retour dans leur village.

« Tout le monde était choqué » dit Dilawar, le mari de Sara. « On voyait ces hommes qui avaient été condamnés par la cour suprême, se promener librement ».

Le cas de Sara montre bien les relations étroites entre le président afghan et des hommes accusés de crimes de guerre ou de violations des droits humains.

La libération des hommes fut discrète, mais le viol, lui, fut public et brutal. Il a eut lieu en septembre 2005, lors de la campagne électorale pour les premières élections parlementaires démocratiques d’Afghanistan.

Le plus puissant des commandants locaux, Mawlawi Islam, se présentait à ces élections, bien qu’il était accusé de nombreux meurtre en tant que commandant des moudjahiddines dans les années 80, gouverneur des Talibans dans les années 90, puis en tant que gouverneur depuis la chute des Talibans en 2001. Sara dit qu’un de ses sous-commandants et ses gardes du corps cherchaient des jeunes pour les aider dans la campagne électorale.

« C’était le soir, vers l’heure de la dernière prière, lorsque des hommes armés sont venus et ont pris mon fils, Islamuddin, de force. J’ai les déclarations de neuf témoins visuels qui étaient présents. Depuis cette nuit-là, on n’a plus jamais revu mon fils ».

Dilawar raconte que sa femme a, à deux reprises, publiquement interpellé le commandant à propos de son fils disparu. Après la deuxième interpellation, ils sont venus vers elle. « Le commandant et trois de ses combattants sont entrés, ont pris ma femme et l’ont sortie de notre maison vers leur domicile qui se trouve à 200 mètres, et là, devant ces témoins, l’ont violée. »

Dilawar a de nombreux documents officiels, dont un rapport médical qui indique que sa femme présentait une blessure par baïonnette de 17 millimètres dans son sexe. Sara est rentrée en trébuchant, couverte de sang et sans pantalon.

Lorsque j’ai rencontré le couple de mai 2006, il se cachait et luttait pour que les quatre hommes soient poursuivis par la justice, écrivait des requêtes au parlement, au président, aux organisations pour les droits humains et aux Nations Unies. Sara et Dilawar disent qu’un des hommes impliqué dans l’agression utilisait son argent et ses relations pour échapper plusieurs fois à la justice, en particulier après que son chef, Mawlawi Islam, soit devenu député et donc en position de le protéger.

En janvier 2007, Mawlawi Islam est assassiné. Trois des autres hommes accusés de viol collectif sont jugés, déclarés coupables et condamnés à onze ans de prison. Abdul Basir meurt en prison. Les deux autres violeurs, Nur Mohammad et Kheir Mohammad, ont été libérés en mai dernier. Le commandant a été déclaré non coupable.

Une copie de la grâce a été enregistrée, datée de mai 2008, et porte la signature personnelle d’Hamid Karzai. Elle demande la libération des deux hommes parce que, peut-on y lire, « ils ont été forcés d’avouer leurs crimes ».

Lorsqu’on lui montre des copies de la grâce présidentielle et des décisions de justice, Hamayun Hamidzada, le porte-parole du président, est visiblement choqué et dit que s’il est prouvé que ces documents sont vrais, Monsieur Karzai serait « bouleversé et choqué ».

Il dit qu’il est impossible que le président Karzai ait signé une grâce pour des violeurs, mais refuse de spéculer sur comment cette grâce aurait été obtenue. Il a promis une enquête sur tous les aspects de cette affaire, y compris, le mystère (qui n’a toujours pas été résolu) de la disparition du fils de Sara.

Il nie qu’il y ait une loi pour les riches et ceux qui ont de bonnes relations et une autre pour les gens ordinaires comme Sara en Afghanistan. « Il y a des difficultés, nous reconstruisons les institutions, dont les institutions judiciaires et il reste des points faibles, mais le président et le gouvernement sont impliqués dans l’application des règles de la loi en toute égalité ».

Une fonctionnaire des Nations Unies dit que, bien qu’elle ne connaisse pas de cas similaire d’une grâce présidentielle pour des crimes si graves, la corruption de la police et des tribunaux est devenue endémique.

Selon le député Mir Ahmad Joyenda, des cas similaires à celui de Sara deviennent de plus en plus fréquents. La police et les tribunaux, dit-il, sont généralement sous le glaive des commandants locaux. « Les commandants, les criminels de guerre, ont toujours des groupes armés » ajoute-t-il. « Et ils sont dans le gouvernement. Karzai, les américains et les britanniques s’assoient avec eux. Ils ont une impunité. Ils deviennent très hardis et peuvent commettre tous les crimes comme celui-ci ».

Sara et Dilawar se cachent à nouveau, se sentant trop vulnérables pour rester dans le village. Dilawar est prêt à parler de l’affaire. En Afghanistan, parler de viol c’est s’exposer à être déshonoré mais lorsqu’on lui demande ce qu’il pense du fait que l’histoire de Sara soit publié, Dilawar répond : « Nous avons déjà perdu notre fils, notre honneur, nous avons vendu notre terre pour payer les frais juridiques et nous avons perdu notre maison : qu’est-ce que nous pouvons perdre de plus ? ».

ICAHK, 27 août 2008

septembre 4, 2008 - Posté par xxx | 2) Féminisme, droits des femmes et luttes anti-sexiste, Afghanistan | | Un commentaire

Un commentaire »

  1. à notre niveau, regardez les débats que suscite le viol pour comprendre qu’on en est pas loin !

    la meme logique ! pareille pour les stats qui spéculent pour les fameux mensonges de femmes qui portent plainte pour viol, c’est d’ailleurs la première chose dont parlent les gens, avec la fameuse chanson de la maghrébine sur le viol, en accusant les filles d’etre trop émancipée

    pas besoin d’aller en aghanistan

    un juge femme a relaché un policier (il n’en a que le nom) qui a forcé une prevenue à lui faire une fellation, seul un journal a dit qu’il en était pas à sa première incartade, ses collègues ont chargés la femme en disant que c elle qui l’a piégé !

    Commentaire par karako | septembre 20, 2008 | Répondre


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