Decazeville : Le lycée à nouveau bloqué par les élèves
Trêve terminée : le mouvement est reconduit sans tarder.
Un mois après le début du mouvement (15 jours avant les vacances de Noël), les lycéens continuent la lutte.
Le portail du lycée la Découverte était toujours encombré d’un monticule de pneus hier matin mais le passage s’est tout de même fait pour les plus tenaces malgré la présence des bloqueurs plus motivés que jamais en ce début d’année ! Arrivés à 5 h 30, les meneurs ont tenté de mobiliser les lycéens. « On espère qu’il y aura un maximum d’élèves qui nous suivront, ce n’est pas un petit mouvement, c’est national », confirme Sofiane, en terminale BEP structures métalliques. Lycéens en cours ou en grève, professeurs, parents… Tous, inquiets de leur avenir (de leurs cours ou du système éducatif), se sont déplacés pour l’assemblée générale de 10 heures.
Revendications nationales et locales
Suite à ce regroupement au gymnase, les lycéens ont donc décidé de bloquer l’établissement au plus tôt et visaient « un blocus total : pas d’élèves qui entrent ni de professeurs ni de personnels ». Les internes qui viendront seront donc logés dans le gymnase. « On aura aussi de quoi les faire manger », ajoute Sofiane.
Libye : Reportage depuis le camp de détention pour migrants de Misratah
Durant la nuit, dans la cour de la prison, on entend le son de la mer. Ce sont les vagues de la Méditerranée, à une centaine de mètres du centre. Nous sommes à Misratah, 210 km à l’est de Tripoli, en Libye. Les prisonniers sont des réfugiés érythréens : 600 personnes, âgés de 20 à 30 ans, dont 58 femmes et plusieurs enfants et bébés. Arrêtés au large de Lampedusa ou dans la banlieue de Tripoli, ils sont oubliés dans cette prisons depuis deux ans, sans procès. Ce sont eux les premières victimes de l’accord italo-libyen contre l’immigration. Ils dorment par terre dans des chambres sans fenêtres, 4 mètres pour 5, entassés jusqu’à 20 personnes par chambre. Ils sont autorisés à sortir dans la cour fermée, sous le regard attentif de la police libyenne. Leur faute ? Avoir tenté de rejoindre l’Europe afin de chercher asile.
La diaspora érythréenne passe par Lampedusa et Malte. Depuis 2005 au moins 6.000 réfugiés de l’ancienne colonie italienne ont débarqué sur les côtes siciliennes, en fuyant de dictature d’Isaias Afewerki. La situation à Asmara est toujours critique. Amnesty International dénonce harcèlement et arrestations des opposants et des journalistes. Et la tension avec l’Éthiopie reste élevée, de sorte que 320.000 Erythréens sont contraints au service militaire à durée indéterminée, dans un pays qui compte 4,7 millions d’habitants. Chaque année, des milliers désertent l’armée et fuient. La plupart s’arrêtent au Soudan où il y a plus de 130.000 réfugiés Erythréens. D’autres traversent le Sahara, la Libye et enfin atteignent la Méditerranée en quête de l’Europe.
La première fois que j’ai entendu parler de Misratah a été au printemps 2007, au cours d’une réunion à Rome avec le directeur du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) de Tripoli, Mohamed al Wash. Quelques mois plus tard, en Juillet 2007, grâce à une association érythréenne, nous avons réussi à contacter téléphoniquement un groupe de prisonniers érythréens. Ils se plaignaient des conditions de surpeuplement, du manque d’hygiène, et de la précarité de leur état de santé, en particulier pour les femmes enceintes et les bébés. Ils accusaient aussi certains agents de la police de harcèlement sexuel envers les femmes. À l’époque, Amnesty International avait déjà exprimé sa profonde préoccupation pour le risque d’expulsion des Érythréens arrêtés en Libye. Le 18 septembre 2007, la diaspora érythréenne organisa des manifestations dans les principales capitales européennes en demandant leur libération.
Le directeur du camp, le colonel ‘Ali Abu ‘Ud, connaît bien les rapports internationaux sur Misratah, mais les nie : “Tout ce qu’ils vous ont dit c’est faux” dit-il fièrement. Il siège en veste et cravate, derrière un bouquet de fausses fleurs dans son bureau, au premier étage. De la fenêtre, je vois une cour avec plus de 200 détenus. Abu ’Ud a visité en Juillet 2008 certains centres d’accueil en Italie, avec une délégation libyenne. Il parle de Misratah comme d’un hôtel cinq étoiles par rapport aux autres centres de détention libyens. Et probablement a-t-il raison … Après une longue insistance, avec un collègue de la radio allemande, Roman Herzog, il nous permet de parler aux réfugiés érythréens. Nous descendons dans la cour, et nous divisons. J’interview F., un refugié âgé de 28 ans, qui a passé 24 mois de sa vie dans cette prison. Pendant qu’il parle je me rends compte que je ne suis pas en train de l’écouter. En fait, je cherche tout simplement à m’imaginer à sa place. Nous avons à peu près le même âge, mais lui est en train de jeter dans la poubelle les meilleures années de sa vie, oublié dans cette prison.
Toutes nos excuses pour les problèmes techniques qui n’ont pas permis la mise à jour du site pendant presque un mois.

