Grève générale en Guadeloupe contre la vie chère
Environ 8.000 manifestants selon la préfecture, plus de 10.000 selon des journalistes sur place, ont parcouru les rues de Pointe-à-Pitre samedi, au cinquième jour de la la grève générale “contre la vie chère” qui paralyse la Guadeloupe depuis mardi. Tout au long d’un parcours de plusieurs kilomètres, les manifestants scandaient en chantant “La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo : yo péké fè sa yo vlé an péyi an-nou” (La Guadeloupe nous appartient, elle ne leur appartient pas : ils ne feront pas ce qu’ils veulent dans notre pays). Aucun incident n’a été signalé. Le Collectif contre l’exploitation outrancière (“Lyannaj kont pwofitasyon”, LKP) qui regroupe la quasi-totalité des syndicats insulaires ainsi que des partis politiques et associations culturelles, a accepté de participer samedi après-midi à une table ronde organisée par le préfet, Nicolas Desforges. Les présidents des Conseils régional et général, les parlementaires et le patronat local ont confirmé leur participation à cette première prise de contact depuis le début de la grève générale organisée par le LKP.
France Infos, 24 janvier 2009
Depuis mardi 20 janvier, la Guadeloupe vit au rythme d’une grève générale initiée par un collectif d’une cinquantaine d’organisations syndicales, politiques et culturelles qui, au nom de la lutte “contre la vie chère”, a établi un programme de 120 revendications.
Les 115 stations-service de l’île sont fermées. Des écoles, magasins et centres commerciaux sont fermés. Des services publics ne sont plus assurés, du ramassage des ordures aux transports routiers de voyageurs. Des délestages privent d’électricité, deux heures durant, des tranches de 20 000 abonnés non prévenus. Des coupures d’eau sont engendrées, selon la Générale des eaux, par “des actes de malveillance perpétrés sur le réseau“.
Le cahier de revendications du “Lyannaj kont pwofitasyon” (Collectif contre l’exploitation outrancière) réclame notamment “un relèvement immédiat et conséquent d’au moins 200 euros des bas salaires, des retraites et des minima sociaux“, celui du smic et “des salaires du secteur privé, des traitements de la fonction publique, du minimum vieillesse, des minima sociaux“, “un salaire minimum guadeloupéen calculé sur le coût réel de la vie en Guadeloupe“, une “baisse significative de toutes les taxes et marges sur les produits de première nécessité et les transports” et “des taux de la taxe sur les carburants“, la “suppression de la taxation des produits locaux“, le “gel des loyers pour une période indéterminée“, “l’arrêt des saisies immobilières des propriétés des guadeloupéens et la restitution des biens“.
Au total, ce sont 120 revendications dont le Collectif exige qu’elles soient négociées “en un seul lieu” avec “l’Etat, les collectivités territoriales majeures et le patronat” local. Pour Willy Angèle, président de la fédération locale du Medef, “les problèmes de société ne se règlent ni dans la rue ni par décret“.
Mais les très activistes, centrales syndicales indépendantistes UGTG (51,67 % des voix aux prud’homales) et CTU (8,57 %) et la plus modérée CGTG (19,83 %), dirigée par un militant trotskiste, ont réussi à fédérer FO et la CFDT (7,24 % et 5,35 %), la CFTC et l’UNSA (3,61 % et 2,16 %), la FSU (1,41 %) et les syndicats d’enseignants, l’ensemble des syndicats de paysans producteurs de cannes à sucre, le PC guadeloupéen et les Verts, en s’adjoignant environnementalistes et associations de “carnavaliers” identitaires.
Les présidents des conseils général et régional, le député (PS) Victorin Lurel et le sénateur (app. PS) Jacques Gillot, craignent que les préalables de négociation posés par le Collectif ne traduisent une volonté de “marginaliser les élus” et de faire avancer des revendications statutaire qu’eux-mêmes renvoient à un futur lointain ou n’envisagent qu’à pas comptés.
Le Monde, 24 janvier 2009
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