Islande : Colère populaire face à la crise du capitalisme
Des milliers de manifestants ont réclamé samedi la démission immédiate du gouvernement islandais, dans la tourmente de la crise financière.
Le Premier ministre, Geir Haarde, qui souffre d’une tumeur à l’oesophage, a souhaité vendredi la tenue d’élections anticipées le 9 mai prochain et indiqué qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. Mais les 6.000 manifestants rassemblés samedi devant l’Althing, le Parlement national, ne veulent pas attendre.
“Assez de la république bananière. Le peu d’informations que nous avons eu sur ce qui est fait pour améliorer la situation est ridicule“, a dit Astridur Halldorsdottir, une étudiante venue manifester avec un drapeau islandais marqué du mot “A vendre“.
Depuis octobre, des rassemblements se tiennent chaque samedi dans Reykjavik. Selon les estimations de la police, jamais la foule n’avait été aussi nombreuse depuis le début du mouvement.
L’Islande, qui comptait encore parmi les pays les plus riches de la planète en 2007, a sombré en octobre, victime de la crise mondiale du crédit.
Sa devise, la couronne, s’est effondrée, entraînant une inflation à deux chiffres dans un pays qui importe une très large partie de ses biens de consommation; son système financier a implosé; le chômage devrait atteindre 7,8% cette année et poursuivre sa progression l’année prochaine.
Pour éviter la banqueroute, ce petit pays de 320.000 habitants a dû négocier un plan d’aide de 10 milliards de dollars conçu par le Fonds monétaire international et suspendre les transactions sur sa devise.
“Comment est-il possible de rester chez soi et de ne pas manifester contre l’abus de pouvoir caractérisé dont notre nation a été victime“, dit Sigrun Bragadottir, une enseignante rencontrée samedi dans la foule.
“L’avidité déchaînée a échappé à tout contrôle, la corruption est extrême. Je veux que quelqu’un présente enfin des excuses et assume une part de responsabilité“, ajoute-t-elle.
Samedi, Geir Haarde a expliqué à la radio nationale qu’il n’avait pas démissionné en raison de la popularité en chute libre de sa coalition.
La manifestation de samedi s’est déroulée dans le calme. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un précédent rassemblement avait mal tourné et les forces de l’ordre avaient dû recourir à des gaz lacrymogènes contre la foule pour la première fois depuis 1949.
L’Express, 24 janvier 2009
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